La culotte à l’envers

Regards sur notre monde

Hayek versus Ospel: le choc du capital

Posted by samlegrand sur 14 avril 2008

ospelL’un des plus gros poissons de l’économie suisse s’est noyé le 1er avril dernier. Marcel Ospel, icône des patrons grassement payés, égérie du mal dans le « Grounding » de Swissair, patron des salauds dans la dialectique « jeanzieglerienne », n’a pas survécu aux nouvelles déculottées subies par son enfant chéri. Pour avoir trop joué avec le feu et les hypothèques de consommateurs américains surendettés, l’UBS, joyau de la place financière suisse, a morflé. Quelques jours plus tôt, c’est un autre monstre sacré du microcosme économique helvétique qui faisait sensation. Nicolas Hayek, patron du plus grand groupe horloger mondial et modèle vivant pour tous les entrepreneurs de la planète, affirme avec fracas dans la presse dominicale qu’il songe à retirer sa société de la Bourse.

Les aiguilles de l’horloge tourneraient-elles à l’envers du côté de Swatch Group? Pas du tout. Le père Hayek a en a simplement ras la barbe de ces « requins » déguisés en costard cravate. De ces sociétés financières qui agissent à l’encontre des intérêts des entreprises dans lesquelles elles investissent pour ne penser qu’au profit à court terme. La critique n’est certes pas nouvelle. Cupidité spéculative, crises à répétition, dérégulation des économies nationales, impuissance des gouvernements et des banques centrales: depuis des années, le capitalisme financier mondialisé est l’ennemi numéro un de l’hémisphère gauche de la planète. Mais lorsque l’attaque provient du boss d’un groupe qui pèse six milliards de chiffre d’affaires annuel, elle frappe les esprits. Pourtant, Hayek le visionnaire n’est pas un fils spirituel de Karl Marx ni un disciple d’Hugo Chavez. Hayek est un investisseur exigeant, qui croit à l’économie de marché. Une économie ancrée dans le réel, dans le territoire, une économie au service des gens et du développement. Tout le contraire de Marcel Ospel, en somme.

Bien sûr, la mission du banquier est différente de celle de l’horloger : gérer et faire fructifier des avoirs d’un côté, créer et développer des biens de consommation de l’autre. Historiquement, le banquier, dans son rôle d’investisseur, était pourtant le bras droit de l’horloger. Dans chaque région, chaque canton voire chaque commune, une banque assurait la bonne transition du capital entre épargnants et entrepreneurs.

Les temps ont bien changé. Aujourd’hui, pour avoir droit aux faveurs de l’UBS, il faut montrer patte blanche et courbe vertigineuse à la Bourse. Le circuit vertueux de l’argent s’est transformé en un gigantesque casino où les flux sont devenus incontrôlables. La crise des subprimes n’est que le dernier exemple en date de cette folie financière mondialisée. Comment la plus grande banque d’une place financière réputée pour sa gestion sans vague a-t-elle pu s’enfoncer à tel point dans le cambouis ? La réponse est simple: cupidité et soif de grandeur.

Pas assez satisfaits des performances déjà surévaluées des plus grands titres côtés à la Bourse, les instituts financiers, banques en tête, ont investi massivement dans de nouveaux produits financiers beaucoup plus lucratifs. Conçus au départ pour réduire les risques en mettant en relation plusieurs intervenants, ces produits dits dérivés n’ont au final fait que les amplifier ! Ainsi, dans la crise des crédits immobiliers à risque américains, l’imagination sans borne des financiers a permis de créer des produits avec des effets leviers monstrueux. Chaque franc réel de crédit représentait ainsi des centaines de francs d’argent virtuel en main des banques. Lorsque les consommateurs américains ont commencé à cesser de payer leurs dettes, tout le beau château de cartes virtuel s’est effondré, avec les conséquences que l’on sait.

Une nouvelle bulle spéculative a explosé. Une de plus dans la longue histoire des heurts et malheurs de la Bourse, entraînant avec elle le ralentissement de toute la conjoncture mondiale. Mais quand cela va-t-il s’arrêter ?, se demande à juste titre Hayek l’horloger, qui pourrait pâtir à moyen terme des bêtises d’Ospel le banquier. Hélas, la fin du tunnel semble encore loin. Opposés à toute régulation et tout contrôle étatique de leurs activités, les « professionnels » de la finance auront encore longtemps loisir de jouer avec leur argent et celui des autres. Derrière l’illusion scientifique de modèles mathématiques ultra-complexes, se cache en réalité une seule variable: la maladie du jeu.

Pour arrêter la roulette russe, il faudrait pouvoir interdire au joueur compulsif d’entrer dans le casino. Chose impossible, tant les portes du grand jeu boursier mondial restent largement ouvertes. Alors, il ne reste plus qu’une chose à faire pour Hayek le téméraire: mettre sa menace à exécution et retirer ses jetons de la table du grand black jack mondialisé. Pour l’exemple. D’autres « fous » suivront peut-être, qui sait ? La révolution des patrons, c’est beaucoup moins romantique que la révolution du prolétariat, mais c’est peut-être pour demain…

Samlegrand

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5 Réponses to “Hayek versus Ospel: le choc du capital”

  1. Beulemans said

    J’allais me mêler comme dit toujours ma femme de ce qui n’est pas mes oignons. Mais elle me dit de me taire et je crois qu’elle a raison. Je sais pas toujours bien lire. A mon âge ça est assez fréquent et je ne m’en fais pas outre mesure. Mais je sais pas ne pas confondre chaque fois ce mec avec Gospel et Opel. Je suppose bien qu’il n’y a pas de poing commun sauf celui que je saurais foutre dans la gueule de ce type. J’aime pas ce garçon.L’autre avec son cigare, je trouve qu’il ressemble à Castro. Un peu je veux dire.
    Beulemans, directeur des brasseries du même nom.

  2. […] et qu’on revienne aux affaires sérieuses: les affaires bancaires, où, là, nous sommes moins ridicules. Enfin avant que l’UBS ne vienne à croire aux […]

  3. […] Zurich. Dans le canton de Schwyz, Roger sera désormais voisin d’un autre gripsou notoire, Marcel Ospel, quelle […]

  4. […] https://alenvers.wordpress.com/2008/04/14/hayek-versus-ospel-le-choc-du-capital/ […]

  5. […] là que les choses se compliquent. Mon banquier, on l’appellera Marcel, me demande alors si je désire retirer cette jolie somme en liquide ou la verser directement sur […]

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