La culotte à l’envers

Regards sur notre monde

Le combat ordinaire de gens plus attachants qu’ordinaires

Posted by blongo sur 22 avril 2008

Manu Larcenet entre dans la catégorie de ce qui se fait de mieux en BD. Sa dernière oeuvre, sortie il y a peu en librairie, est là pour le prouver une fois de plus, même si ce n’était absolument pas nécessaire. Le fan savoure avec une infinie délectation le dernier tome du « Combat ordinaire », mais nourrit aussi l’immense regret que « Planter des clous » achève la série mythique.

Manu Larcenet, il y a ceux qui jugent que le « Combat » est le must et ceux qui idolâtrent plutôt « Le retour à la terre ». S’il est tentant de penser que les seconds sont plus proches de la vérité ultime, les premiers ne sont pas complètement égarés non plus. Un retour sur cette série paraît prioritaire, surtout pour happer au passage ceux qui aurait l’outrecuidance de ne pas encore connaître.

Tout d’abord, les personnages, bonheur! Il est toujours aussi jouissif de retrouver Marco, l’éternel angoissé, un photographe qui doute de lui-même et cherche à donner un sens à sa vie, rongé par ses cauchemars et fervent assidu des rendez-vous hebdomadaires chez le psy. Dans ce nouvel opus, le héros est d’une part terrorisé à l’idée d’apprivoiser la paternité et d’autre part embarrassé de devoir couvrir la fermeture des chantiers navals dans lesquels son père a travaillé.

Heureusement, notre héros est toujours appuyé et coaché par sa jolie vétérinaire de compagne Emilie. Autre personnage, aussi discret qu’attachant, le chat de la famille caractériel, étrangement nommé Adolf. Ou encore Georges, le frère déjanté et amateur de joints, la maman un brin envahissante et le père qui perd la mémoire. Le tout avec une pointe de cynisme mêlée de réalisme. On se retrouve au détour des pages dans Marco, dans Emilie ou même dans l’adorable Adolf… 

Pour aimer Larcenet, il faut toutefois aimer la BD engagée, car le « Combat », ce sont des bulles d’engagement qui pétillent à tout-va. Le ton est dur, l’ambiance souvent triste. L’auteur-dessinateur ne se gêne pas pour donner son avis sur des sujets aussi délicats que l’immigration, la délinquance ou les délocalisations. Sans jamais ennuyer ou attrister. Et le lecteur de passer sans transition de la polémique d’actualité à l’enthousiasme potache, de l’humour grinçant à des déclarations mélancoliques. Dans « Planter des clous », la présidentielle française occupe également une large place avec ici une affiche des deux candidats et là une discussion sur les forces de l’échiquier politique. 

Le tout accompagné de réflexions souvent bien senties: « Combien d’entre nous ont assez de culture pour ne serait-ce que comprendre pourquoi ils votent? On ne vote pas pour un système de société mais pour le reflet médiatique du plus rassurant… ou pire par tradition familiale ! On peut alors s’illusionner à se croire important… C’est gratifiant… Mais demain, crois-moi, nous redeviendrons… négligeables. » Il y a un avis, un parti pris, un commentaire, mais rien de répréhensible, on savait dès le début que ce n’était pas à une nouvelle aventure des Schtroumpfs qu’on avait affaire…

Autre point particulièrement bien maîtrisé: quand le scénariste devient sérieux, son double dessinateur suit immédiatement le ton, adoptant des couleurs plus sombres, avec la complicité du coloriste Patrice Larcenet, le frère de l’auteur. A l’inverse, quand le héros prend place dans le cadre apaisant de sa famille, le dessin devient brillant et multicolore.

Pour finir de mettre l’eau à la bouche, citons l’un des moments où Larcenet s’essaie à une philosophie ironique qui lui est propre: « Ma mère elle dit: ‘Ce n’est pas le chemin qui est difficile, c’est le difficile qui est chemin’. En même temps, ma mère elle dit beaucoup de conneries. » Un dialogue qui touche au génie, n’est-il pas?

Et hop, en librairie! 

blongo 

 

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Une Réponse to “Le combat ordinaire de gens plus attachants qu’ordinaires”

  1. […] Larcenet et Jean-Yves Ferri est un diamant de la bande dessinée, qui n’a rien à envier au “Combat ordinaire”, une BD de Larcenet peut-être plus connue, mais assurément pas aussi […]

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