La culotte à l’envers

Regards sur notre monde

La menace vient de l’intérieur

Posted by dragon buté sur 2 mai 2008

La nouvelle n’est pas nouvelle, mais elle mérite quelques minutes de réflexion. D’après un sondage pour le magazine « Edelweiss » repris par l’ats et plusieurs médias, 54% des Suisses estiment que les journalistes ne sont pas indépendants et que les médias subissent des pressions de la part des partis politiques et du pouvoir. Ils sont 53% aussi à penser que des pressions financières sont exercées sur les médias.

On savait depuis longtemps que la confiance des usagers dans leurs médias n’est pas au beau fixe. Plusieurs scandales, dont le célèbre Timisoara, en sont en partie responsables. Mais ce que les sondages ne montrent pas, ce sont les autres pressions auxquelles les journalistes sont soumis, celles qui viennent « de l’intérieur ».

Il s’agit tout d’abord du temps, et ce particulièrement dans les nouveaux médias. Un journaliste n’a souvent que quelques dizaines de minutes pour tout savoir sur la fabrication du cervelas, la crise abkhaze ou l’utilisation de l’huile de colza comme carburant.

Cette pression du temps est doublement néfaste pour la qualité et la véracité de l’information. D’une manière évidente, elle entraîne des erreurs ou des approximations qui égratignent plus ou moins fortement la crédibilité des journalistes. Mais plus grave, les impératifs de rapidité obligent le plus souvent à des raccourcis et à des simplifications qui font grincer les dents.

Autre exigence qui fait partie intégrante de la vie d’un journaliste, celle exercée par sa hiérarchie quant à l’audience de son média. Fini le temps où le journaliste était un pionnier, un reporter qui ramenait après des mois d’enquête un reportage sur une guerre obscure dans le fin fond non moins obscur d’un continent perdu. Aujourd’hui, il faut vendre de la copie, faire le plein de visites sur son site.

Deux conséquences à cela. En premier lieu, une tendance à la « scandalisation » de l’information. Les journalistes d’aujourd’hui sont toujours à la recherche du détail qui pourrait créer la polémique, de la vétille hors norme qui accrochera l’oeil. Autre suite encore plus perverse: de peur de « manquer » la polémique du jour, chaque média reprend comme un bon élève ce que son voisin fait. L’ami de tous les journalistes Pierre Bourdieu parle de « circulation circulaire de l’information« . Et cela donne des journaux qui traitent des mêmes sujets en même temps et sous le même angle.

Après ce bref survol, qui ne doit pas faire oublier non plus la responsabilité personnelle de chaque journaliste, on est en droit d’estimer que les questions de ce genre de sondages sont très mal posées. Le public s’imagine peut-être que nous autres journalistes, nous recevons des coups de fil de politiciens ou d’entreprises qui nous dictent leurs lois. Alors que les lois sont bien plus souvent dictées de l’intérieur même des rédactions.

Mais bon, chez moi c’est encore pire. Car je ne fais même pas confiance dans la véracité des sondages

Votre dragon, plus buté que jamais

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10 Réponses to “La menace vient de l’intérieur”

  1. patoudoux said

    La circulation circulaire de l’information… C’est ben vrai! Et en plus cher dragon tu m’as volé un sujet que je voulais développer. Car la circulation circulaire de l’information est une véritable plaie pour les journalistes et leurs lecteurs. Machin a parlé de ça? Alors il faut qu’on en parle aussi. Et tant pis si on prend le train en route!

    Je propose de lancer sur Facebook un groupe « contre la circulation circulaire de l’information »!

  2. Coquelicot said

    Cher Dragon,

    Tu n’es pas une « petite bière » comme aurait dit Beulemans, de la brasserie du même nom, et je ne te trouve finalement pas aussi « buté » que tu le proclames et, si tu l’es, ce n’est en tous cas pas à la manière des patates dont on extrait ce minerai épatant : la frite !!

    Merci de reprendre le cher Bourdieu et sa « circulation circulaire » ; ces demi-vérités, ces fausses vierges que l’on se refile de rédaction en rédaction et qui finissent pas donner ce que nous qualifions, depuis quelques années déjà : LA PENSEE UNIQUE ; et ton image des moutons souligne bien le panurgisme ambiant qui n’est pas que journalistique. En économie, c’est pareil et l’on voit de brillants analystes grassement rémunérés oublier tout ce qu’on leur a enseigné pour se mettre à acheter ou à vendre puisque tout le monde le fait !!! Nous en sommes là ! Et, chez nous, en France, on vous explique l’économie LIBRE ET NON FAUSSEE par le truchement d’un Jean-Marc Sylvestre au talent de chaisière de la paroisse !! Ne lui parlez pas de la mondialisation et de la globalisation financière, il ne sait même pas que cela existe ; il n’est pas payé (très bien) pour ça !!

    Tout ce que tu dis, cher Dragon, est donc bien vrai mais tu me parais avoir oublié un point en matière « d’indépendance et de pressions » ; c’est la pression capitalistique.
    Combien de journeaux sont-ils, du point de vue capitalistique, en contradiction flagrante avec la ligne politique qu’ils sont encore sensés tenir officiellement.

    Quand « Libération » appartient à Edouard de Rothschild ce n’est pas anodin ; mais Edouard de Rothschild affirme au Figaro économie vouloir « respecter l’identité du journal » : « Je m’engage fermement et personnellement sur trois points : préserver l’indépendance de la rédaction, […] Et, à ce titre, sachez que je considère les droits de la SCPL comme inaliénables et qu’ils seront garantis. »
    Un peu plus loin, le journaliste du Figaro insiste : « Libération sera-t-il à l’abri des pressions économiques et politiques ? » et Edouard de Rothschild confirme : « Oui, sans équivoque. Je crois avoir été assez clair sur la question de l’indépendance du journal. »

    Ben voyons, ça ne mange pas de pain de le dire d’autant que chez Rothschild, comme chez Chirac, les promesses n’engagent que ceux qui les croient.

    Ainsi en fut-il du beau Serge, tout fier de « sa liberté retrouvée » et qui se fit jeter prestement comme un quelconque kleenex.

    Ha, misère !! Et « la Cause du Peuple » dans tout ça … Ben, comme cela faisait belle lurette que le beau Serge s’en foutait comme de sa première culotte de la cause du Peuple, le peuple ne vas pas chialer sur le sort des perdants du marigot où cela grenouille ferme.
    Exit Serge, vive le suivant …de toute manière, il nous servira la même chanson et la même tambouille alors …

    Il ne faut donc pas s’étonner des sondages.
    Tu n’y crois pas Dragon et tu as raison car la réalité doit être pire !!

    Finalement, et sans vouloir exiger des journalistes qu’ils fussent en permanence des héros, cela ne se résume-t-il pas en une chose assez simple : EN AVOIR OU PAS !!

    Guy Dutron
    http://dutron.wordpress.com/ en ce moment « à la une » : A DROITE TOUTE ????

  3. tatajac said

    Salut dragon buté,

    Mon cher dragon, le lecteur est aussi soumis à toutes les pressions – temps, argent, prestige – que vivent les journaleux. Mais lui, en principe, il a la liberté de croire ou de ne pas croire à ce qu’il lit.Le coquelicot précédent l’oublie… Question à vous autres journalistes: le lecteur est-il digne d’attention ou un plutôt un con.
    Bien à oit.
    Tatajac

  4. Pikatchoune said

    Pour paraphraser Roger de Diesbach, je dirais aussi que les lecteurs ont les journaux qu’ils méritent. Combien de personnes prennent le temps de lire autre chose que 20 minutes ou Le Matin bleu.

    A vouloir une presse gratuite, envahie par la publicité, les citoyens que nous sommes oublient l’importance d’une presse libre et ouverte sur le monde, qui non seulement informe, mais explique le monde à ses lecteurs.

    Quand Le Matin fait chaque année sa une sur le premier bain de Miss Suisse Romande, on sait que retrouvera plus ou moins les mêmes photos le mercredi suivant dans les pages de l’Illustré. Et ça marche. Le lecteur lambda est friant de ces pseudo-informations.

    C’est la loi du marché. Triste sans doute, mais c’est à nous lecteurs de faire vivre les journaux de qualité. En les achetant et en les lisant !

  5. dragon buté said

    Salut Tatajac,
    je dirais que la différence entre le lecteur et le journaliste se situe au niveau de la responsabilité. Le lecteur/téléspectateur/auditeur/internaute a la responsabilité d’user de son esprit critique (croire ou ne pas croire, comme tu le dis). Le journaliste quant à lui a la responsabilité principale de mettre à disposition du public une information objective, vérifiée et précise. Et les pressions dont je parle viennent perturber l’accomplissement de cette pieuse mission.
    Quant à ta question, nous ne ferions pas ce métier si nous pensions que nos usagers sont des « cons ». Il y en a, je n’en doute pas. Mais heureusement pas tous.
    Cordialement.
    Dragon buté

  6. Coquelicot said

    Salut à tous,

    Crois bien que je n’oublie rien du tout, cher Tatajac ! La liberté de croire ou ne pas croire, dis-tu ? La belle liberté bien libérale!! Je préfèrerais que le lecteur eût la liberté de lire des articles qu’il pourrait croire mais, pour ce faire, encore faudrait-il que le journaliste fut libre des liens de subordination dont je parle dans mon petit commentaire.
    Alors, « mettre à la disposition du public une information objective », cher Dragon Buté ? Je n’y crois pas davantage. Chacun écrit avec sa subjectivité ! L’objectivité ne peut naître que de la confrontation de plusieurs subjectivités, c’est à dire du pluralisme de l’information et ici, nous retombons sur le panurgisme de tout à l’heure. C’est le serpent qui se bouffe la queue.

    Je dois donc être un con de lecteur de base mais, je me soigne et je sélectionne et c’est ici que la question peut mener à une tentative de synthèse de tout ce qui précède ; et si le lecteur était un « con intéressant » ? Con, parce qu’il l’est d’acheter encore en sachant ce que nous savons et Intéressant parce qu’il achète tout de même le canard !!
    Bien à vous
    Guy Dutron http://dutron.wordpress.com/

  7. dragon buté said

    Je comprends bien la remarque de Coquelicot sur l' »objectivité de l’information », car elle est très courante. Cette objectivité est pour le journaliste ce que le Graal était pour les chevaliers arthuriens: on ne sait pas s’il existe et on ne le trouverait pas même si on le savait.
    N’empêche, je ne vois pas comment un journaliste peut tenter de proposer une information de qualité sans TENDRE vers cette objectivité.
    Donc s’il vous plaît chers commentateurs, ne balayons pas si vite cette notion, même si elle n’est que théorique.
    Mais je rejoins complètement Coquelicot lorsqu’il dit que le meilleur moyen de s’informer est la diversité des sources.
    Dragon

  8. […] La menace vient de l’intérieur […]

  9. Beulemans said

    S’il y a 54 pour cent des Suisse qui pensent que ceci et 53 qui pensent que cela, ça fait 107 pour cent des Suisses. Beulemans se demande si le calcul helvétique n’est pas un peu à la mesure des emmerdes des banques. Mais bon, il dit ça et il ne dit rien. Diplomatie oblige et Beulemans ne veut pas avoir à se mêler de ce qui ne le regarde pas : ne brassor ultra crepidam comme aurait dit mon bon maître Séraphin Lampion.

  10. […] sûr, il y a un peu de quoi être déçu. J’ai déjà parlé de cette légitime amertume qui balaie parfois le coeur de l’usager des médias, en insistant sur les pressions qui […]

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