La culotte à l’envers

Regards sur notre monde

De la catharsis à la catastrophe ?

Posted by Van Breukelen sur 6 mai 2008

Violence ordinaire. La rencontre même de ce nom avec cet adjectif est représentative d’un problème social. La force et l’injure règnent. Dans les cours d’école, dans les stades (des calicots débiles jusqu’aux morts de supporters), au travail (l’invention récente du mobbing). Même la supposée dignité des élus est mise à mal, fragilisée par l’omniprésence banalisée des caméras et appareils photos.

Le phénomène est d’une complexité inouïe, ses causes sont multiples. Et ce n’est pas un ridicule billet dans un blog qui permettra de trouver la pierre philosophale qui transformera le plomb dont on fait les balles en or dont on fait les alliances. Mais on peut s’interroger sur ce que les dépêches d’agence appellent les échauffourées qui suivent des matchs de football ou de hockey. Ce week-end après un classique Bâle-Zurich et un plus surprenant Young Boys de Berne contre Neuchâtel Xamax. Encore, encore et encore. Nul doute que la violence naît d’abord de l’émotion et que le sport, en particulier les sports de contact, cristallise les émotions, transforme des êtres à peu près civilisés en grands singes hurleurs, d’une mauvaise foi crasse. Une émission de la Radio suisse romande en donnait encore les gages avec des gens aussi respectables que Jean-Luc Bideau ou Christian Luscher qui retrouvaient à l’occasion cette part de passion contre leurs interlocuteurs osant affirmer que le respect des adversaires pouvait aussi se manifester dans les stades. Edifiant.

Il n’y a rien de mal à la simple régression. Le phénomène a été identifié depuis des siècles. Panem et circenses, du pain et des jeux. Il permet surtout la catharsis : une joie en principe inoffensive qui permet à l’âme de sortir d’elle-même et offre la possibilité d’une purgation des passions, selon Aristote. L’émotion sort du canal, franchit les cadres normaux pour se libérer. Non dans la violence mais dans la joie, non pour se défouler mais pour être défoulé, libéré de la charge des passions. Se donner un shoot d’adrénaline avant de revenir à la civilisation.

Cela peut suffire à la majorité des supporters. Mais la répétition des incidents d’après-match montre que c’est de moins en moins le cas. La purgation fonctionne décidément bien mal: est-ce par goût des passions, qui provoqueraient une accoutumance, ou est-ce plutôt par fuite du retour à la civilisation, trop désespérant, trop frustrant, trop banalement écrasant ?

On peut certes prendre des mesures pour une sécurité maximale, on peut, on doit villipender les mots orduriers, on peut, on doit condamner « avec fermeté » toutes les dérives. Mais ce n’est pas à force de donner un tour de vis et de visser toujours plus fort que la pression de la marmite va diminuer. Qui s’interroge sur les conséquences d’une catharsis qui ne trouve plus les moyens de s’exprimer à force de tours de vis? Qui s’interroge aussi sur les causes d’une catharsis devenue incapable de purger certaines passions? Pas grand monde, me semble-t-il: il est plus facile de brimer et de brider, puis de regretter, blâmer et « condamner avec fermeté » après les inévitables incidents.

Un dérèglement de la catharsis est-il le signe d’une catastrophe en cours ou à venir ? Peut-être bien les deux.

Herman van Breukelen

 

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5 Réponses to “De la catharsis à la catastrophe ?”

  1. kang4roo said


    Remerciements.. Info Agréable…

    Si Vous Avez besoin d’UN Blog, Essayez de Regarder « Leoxa.com »
    (Les Thèmes Sont Si Gentils)

  2. dragon buté said

    Cher Herman,
    je partage une de tes interrogations: vit-on vraiment dans une société plus violente ou cette violence n’est-elle pas surexposée médiatiquement?
    Lorsqu’on entend un nouvel exemple de « violence des jeunes », je pense souvent aux histoires que m’ont racontées mon père et ses amis d’enfance. Leurs petits « délits » de jeunesse pouvaient tout à fait s’apparenter à de la délinquance (vitres cassées, souffre-douleur,…). Aujourd’hui, on en ferait peut-être tout un plat médiatique… et au final, ces « délinquants » sont tous devenus des membres respectables de notre société.
    On lit souvent des statistiques de police sur les délits en augmentation. Mais pour peu que le journaliste ait bien fait son travail, il doit nuancer le propos: si certains larcins sont en hausse, c’est le plus souvent parce qu’il y a augmentation du nombre de plaintes. Autrement dit, que ces délits ont certainement toujours été aussi nombreux.
    Je ne crois donc pas à une catastrophe en cours, mais peut-être suis-je atteinte d’angélisme…
    Bises à toi, Herman.
    Dragon buté

  3. Van Breukelen said

    Cher Dragon,
    Evidemment que la réalité est souvent perçue à travers la fenêtre déformante des médias. La relative innocence des actes délictueux de notre jeunesse amène désormais de l’eau au moulin journalistique. Mais le racisme affiché dans les stades, le hooliganisme d’après-match en Suisse, voire, en dehors du phénomène du sport, la « mode » du happy slapping, me semblent être des phénomènes récents. En outre, je n’ai plus beaucoup vu d’échange de maillots ou de poignées de main après des matchs (il est vrai que je n’en regarde pas beaucoup). J’y vois une radicalisation (plus qu’une augmentation du nombre de délits) dont les causes sociales sont assez profondes. La même radicalisation qu’il y a entre nos bitures de jeunesse et la mode actuelle du rapide coma éthylique. Je vais aussi tempérer mon catastophisme: les médias ne parlent pas des trains qui partent à l’heure, des matchs qui se terminent sans incident, des jeunes qui ne se battent pas. Et c’est encore, jusqu’à preuve du contraire, la large majorité des cas…
    Bien à toi Dragon,
    Herman van Breukelen

  4. Coquelicot said

    Cher Van Breukelen ; c’est encore l’admirateur de Beulemans, de la brasserie du même nom , puisque tu m’as encore provoqué avec « tes bitures de jeunesse ». J’en connus naguère de sévères, à la Chimay bleue, n’en déplaise à la Brasserie Beulemans !!

    Redevenons sérieux : cette violence montrée, étalée, dissertée, n’a-t-elle pas aussi pour but d’en cacher une autre : la violence INSTITUTIONNELLE !!
    Voir à ce sujet : OGM, J’en veux pas ! sur http://dutron.wordpress.com/
    Merci

    Guy Dutron

  5. Beulemans said

    Eh bien on peut dire une fois que Dutron il perd pas la tête. Ce n’est pas un stoemerik ce mec-là. Mais pour ce qui en est de la catharsis, les vieux moyens sont toujours les meilleurs: une tisane avec beaucoup de genièvre, des inhalations, une écharpe autour de son dikke nek et un arrêt de travail. L’arrêt de travail seul est d’ailleurs souvent suffisant quand on a la goutte au nez.

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