La culotte à l’envers

Regards sur notre monde

Dix années pour effleurer le génie. Critique de l’album « Third » de Portishead

Posted by dragon buté sur 12 mai 2008

Comme tout le monde, j’ai eu ma période trip-hop. Une musique planante, plutôt sombre. Construite sur le modèle du mille-feuilles, avec des pistes sonores qui se superposent. Des voix aussi, surtout féminines et surtout aériennes.

C’était à la fin de l’adolescence.  Je trouvais cette musique vraie et parfaitement en accord avec mes « états d’âme ». Mais on grandit, et on finit par trouver que le trip-hop manque un peu de corps, de larmes et de sang. C’est le passage à l’âge adulte, durant lequel, dur apprentissage, on se rend compte que notre nombril n’est plus si intéressant ni plus si différent de celui des autres.

Avec leur troisième album sobrement intitulé « Third », Portishead fait le même parcours. Certains estiment que le groupe, considéré comme l’un des fondateurs du trip-hop, a enterré le genre avec son dernier disque. Peut-être pas, mais ce n’est pas faute d’avoir essayé. 

 Donc, Portishead a pris dix années pour se remettre en question et pour livrer son dernier album.  Le groupe a changé, grandi, vécu. Son public aussi. Si l’on peut saluer certains morceaux absolument fabuleux, on regrettera toutefois la faiblesse de certains autres. Peut-être pas la faiblesse, mais plutôt le manque d’évolution par rapport au Portishead des années 1990.

Car il est indéniable que la musique de Portishead ait évolué. Ecoutez les superbes « We carry on » ou « Machine gun ». La rythmique y est plus soutenue que dans tous les autres morceaux réunis, elle est changeante, surprenante et entêtante. L’apport très « industriel » de sons répétés à l’infini met le coeur en émoi. La voix de Gibbons fait son effet réfrigérant. La présence discrète de la guitare est tout simplement brillante (elle l’est d’ailleurs sur tous les morceaux sans exception). Mention spéciale d’ailleurs pour le parfait « The rip », une montée en puissance spectaculaire servie par un sample très « synthétiseur des années 80 » et par une simplicité toute clairvoyante.

De l’autre côté, on retrouve « Small », « Magic doors » ou le décevant « Silence » qui ouvre les feux, où le calme planant confine à l’ennui. C’est Portishead qui fait du Portishead, c’est Gibbons qui chante comme Gibbons. Peu d’inventivité par ici, c’est seulement un peu plus dépouillé qu’auparavant.

Enfin, au milieu, il y a les « Hunter » et autres « Plastic », qui oscillent entre le trip-hop d’avant et quelques envolées plus inspirées, souvent dues à des samples très réussis. Pas assez malheureusement pour envoyer au 7e ciel de l’émotion.

Ce manque d’homogénéité, cette impression de génialissime gâchée par des retours en arrière incompréhensibles, écornent sérieusement le plaisir des retrouvailles avec le groupe de Bristol.

On aurait presque préféré que Portishead prenne dix ans de plus pour terminer complètement sa mue et atteindre au génie qu’il ébauche dans « Third ». Ou peut-être au contraire que ce « Third » est trop travaillé, trop longtemps réfléchi. Quoiqu’il en soit, Portishead n’a pas su doser. Dommage…

Il nous reste néanmoins quelques moments inoubliables. Allez, on peut bien en profiter.

Dragon buté

Un live de « The rip »:

Pour écouter des extraits de « Third »:

third

Crédit photo: metabisulfid sur flickr

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3 Réponses to “Dix années pour effleurer le génie. Critique de l’album « Third » de Portishead”

  1. patoudoux said

    Je ne suis évidemment pas d’accord. Cet album est d’une homogénéité qui frise la méticulosité. Toutes les chansons, ou presque, sont une invitation au voyage (souvent en enfer, mais qu’importe). Ca m’émeut, ça m’émerveille. C’est Portishead. Trip-hop ou pas trip-hop, on s’en fout…

    Faut bien que je défende mon bout de gras, hein dragon buté…

  2. Ann said

    Arrrrrghhhhh, mais comment oses-tu dragon buté !!!!! Fichtre, diantre, cet album est une merveille ! Une telle mue sans renier ses racines c’est spectaculairement incroyable !
    Le trip-hop une musique d’adolescent ???? Mais on a des états d’âme à tout âge…et justement la force de cette album c’est d’enfin allier la déprime à la colère ! Le bout du tunnel est proche…
    Je ne sais pas si je m’en remettrai…Oh my God !

  3. dragon buté said

    Ouais, je savais bien que ma critique ne passerait pas comme une lettre à la poste… Mais j’assume!
    Quant à la « musique d’ado », c’était un peu dur, ok. Mais pensez que je me dois de rester fidèle à mon pseudo…
    Sans rancune j’espère. Je vous embrasse tous les deux…
    d.b.

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