La culotte à l’envers

Regards sur notre monde

Avoir LA frite: retour de Bruxelles

Posted by Van Breukelen sur 16 mai 2008

Au risque de passer pour une véritable caricature de moi-même, je suis récemment revenu d’un voyage dans mon pays d’origine, ce plat pays qui est le mien et qui est secoué par une crise. Je ne veux pas parler de la crise politique avec un Flamand qui a un nom francophone et des francophones qui se disputent à propos d’un BHV qui est un vrai bazar que personne ne comprend. Non, je veux parler d’une crise plus grave encore car elle touche à l’identité même du pays. Celle de la frite. Le prix de celle-ci a pris l’ascenseur alors que la patate, elle, est restée au rez. Du coup, le ministère s’étrangle. Vincent Van Quickenborne, le ministre de l’Economie et de la Simplification administrative (sic), fait diligenter une enquête « afin d’expliquer la différence de prix entre les pommes de terre et les cornets de frites ». Une affaire nationale, on vous disait. Reportage.

On ne peut pas visiter Bruxelles sans passer par la place Jourdan. Laissez le Manneken Pis aux touristes, fuyez la rue des Bouchers et ses restaurants en série qui n’appâtent pas le vrai gourmet, et allez, une fois, à la place Jourdan rendre visite à la maison Antoine. Une institution qui a 58 ans d’existence et qui vend les meilleures frites de Bruxelles et donc les meilleures frites du monde. Certes il y a un débat avec la friterie de la place Flagey sur lequel, faute d’avoir pu goûter, je ne reviendrai pas.

Mais la frite de la maison Antoine, 2 euros 20 le cornet qui vous assure le stock de lipides d’une journée en l’espace d’un repas – sans compter la sauce, les fricadelles ou les croquettes au fromage qui accompagne gouleyamment le tout -, est juste un concentré de petit bonheur, qui, lui, n’a pas de prix. Bonheur comparable à la première gorgée de bière décrite par Delerm (le père, pas Vincent qui m’insupporte, lui). Et qui, comble de félicité, accompagne facilement les sus-dits aliments.

Le chanteur que les Français disent à eux, que les Suisses ont chez eux pour pas cher, mais qui fondamentalement est né Smet et restera Smet, y débarque parfois en Ferrari pour commander un cornet. Attend-il dans les 20 minutes de queue permanentes autour du guichet ? Il me plaît à penser qu’il ne reçoit pas de passe-droit. Mais bon…

Donc cette frite. Ce n’est pas un machin blanchâtre, mou et fabriqué en machine que certains restaurants dits familiaux servent. C’est l’équilibre parfait entre le moelleux interne et le croustillant externe. Le tout relevé par une habile sauce (pas de ketchup par pitié). Mais ce qui fait aussi le charme, c’est l’ambiance. Les bistrots autour qui acceptent les produits de la « Maison Antoine », la petite place qui accueille le monde – vue sous le soleil – les cols blancs qui font la file derrière les cols bleus, les gens qui s’adossent à la statue pour déguster leurs cornets, la tête ailleurs, mais l’estomac bien là, dégustant cette belgitude à pleines mâchoires, avec toute l’ineffable poésie des doigts qui luisent à mesure que l’on progresse dans le vénérable cornet en papier. Et pas un ravier en plastique dans lequel les frites exsudent sans la moindre absorption de graisse… Les plus anorexiques d’entre vous ne seront sans doute pas sensibles à la poésie de ce cauchemar diététique. C’est bien dommage. Ils passeraient à côté de deux valeurs qui sont aussi rares que précieuses : la simplicité et l’authenticité. Tout ce que j’aime en Belgique.

Herman van Breukelen

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2 Réponses to “Avoir LA frite: retour de Bruxelles”

  1. Beulemans said

    Il faut pas séparer la frite de la patate et le tour est joué. La frite restera donc au pris de la patate. Ça n’est quand même pas compliqué à comprendre, espèces de jonge zievereers, si tu sépares pas ta patate en frites, tu sépares pas leur prix non plus. Elémentaire mon cher Steve Warson, mais y fallait y penser. Si les autorités belges veulent séparer les flamands et les wallons, c’est plus le même raisonnement qui compte, évidemment, parce que là, les patates, c’est précisément les autorité et que si on les découpe ça donne pas forcément des frites. Ça est clair comme ça?
    Heureusement qu’il y a Beulemans pour élever un peu le niveau de votre bazar…

  2. Coquelicot said

    Merci, Beulemans, de la brasserie du même nom !!

    Je vois que tu sais aussi avoir « la frite » !!

    Mais tu me navres, Beulemans !! Comment, toi, né brasseur, as-tu pu oublier l’indispensable accompagnement d’un bon cornet de frite à la mayonnaise …ceci dit pour achever moralement les diététiciens/ennes !!

    J’ai nommé UNE BIERE non de Dieu !! Un cornet de frite sans bière, c’est comme un baiser sans moustache, Roux sans Combaluzier, Bouvard sans Pécuchet, E sans MC², Smith sans Wesson …comme dirait Bush en dégainant!!

    Tu charries là, Beulemans, Zinneke !!

    Pire, tu trahis la Belgitude !! J’vais te dénoncer à LETERME du processus moi !!

    Alleye, je te pardonne !!

    Je t’en offre une bien crémeuse …pour moi, ce sera une Chimay blanche.

    A la tienne Beulemans !!!
    Guy Dutron
    http://dutron.wordpress.com/

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