La culotte à l’envers

Regards sur notre monde

Trois claques en chambre insonorisée

Posted by Van Breukelen sur 2 juin 2008

Les Suisses ont refusé ce week-end trois objets de votations émanant plus ou moins directement des populistes de l’UDC, qui, acceptés, auraient profondément modifié le pays. Les trois objets de votation avaient en commun l’idée d’un déplacement du pouvoir. Naturaliser par le peuple au lieu de passer par une commission ad hoc aurait déplacé le pouvoir de ceux à qui on l’a confié vers ceux qui le confiaient jusqu’ici, c’est-à-dire les citoyens. Supprimer le libre choix des médecins aurait confié le pouvoir aux caisses-maladie en lieu et place de tout un chacun. Enfin, empêcher le gouvernement de se prononcer sur des objets de votation aurait supprimé le pouvoir de l’exécutif de ce pays pour le confier à d’autres – aux partis essentiellement. Si ces étranges transitions de pouvoir avaient été acceptées, on aurait vu un message pour le moins paradoxal, deux objets plaidant pour le retrait de la confiance aux élus au profit du « peuple », et l’un, sur la santé, pour le retrait de la confiance de ce même peuple dans leur discernement et leurs choix médicaux au profit d’entreprises lucratives que sont les assurances. Paradoxal en apparence puisque cela reste très cohérent avec une politique ultra-libérale: moins d’Etat mais plus pour les entreprises. Il ne reste pas moins que le peuple dont l’UDC se dit sans cesse soucieux est le parfait ludion de l’affaire.

Bref, l’UDC, premier parti de Suisse, s’est pris, se réjouissent unanimement les journaux romands, une triple claque. Des claques du type de celles que pourrait distribuer un Rocky Balboa dans la fleur de l’âge, dopé aux stéroïdes et shooté à l’adrénaline.

Résultat de cette triple victoire de la démocratie sur la manipulation (il fallait quand même résister à des objets fallacieusement appelés « pour des naturalisations démocratiques » et « qualité et efficacité économique dans l’assurance maladie »): la presse étrangère reste coite. Le Monde, quotidien de référence s’il en est censé être l’un, ne fait nulle mention – hormis sur son site -, du résultat de la votation. Nul doute que si l’objet des naturalisations avait passé la rampe, il y aurait eu plus d’échos scandalisés. Pourquoi ce silence? Parce que les journaux ne parlent pas des trains qui arrivent à l’heure? Mais peut-on considérer la triple claque contre le populisme de nouvelles « normales » à l’heure où celui-ci ne cesse de progresser? Le fonctionnement médiatique a ses raisons que le populisme connaît bien. Car celui-ci embouche les trompettes de la renommée à la moindre provocation, qui soulève vents et tempêtes médiatiques, mais souffre étrangement moins lorsqu’il doit partir la queue entre les jambes. Tout est affaire de cadrage médiatique et la machinerie biaisée des médias permet d’augurer de beaux jours pour de provocantes et juteuses idées à la con.

Herman van Breukelen

  • Crédits photos: Dom Dada et soon. sous licence Creative Commons
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Une Réponse to “Trois claques en chambre insonorisée”

  1. Awel, Beulemans se dit que si ça se serait pas passé une fois comme ça, on frôlait « Section Spéciale » pour du vrai. Allei, zeg, en plein 21e siècle ça aurait été tonteux, parole de Beulemans.

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