La culotte à l’envers

Regards sur notre monde

A la fin, une angoisse mortelle étreint mon coeur. Critique de « Rituel » de Mo Hayder

Posted by dragon buté sur 4 juin 2008

Cette semaine devrait être l’une des plus prometteuses de l’année pour le dragon fana de polars que je suis. En effet, Mo Hayder sort son dernier forfait, ce que j’attendais avec impatience. Critique juste avant sa sortie.

Mo Hayder est un véritable ovni dans l’univers du polar. Après deux thrillers plutôt classiques, elle a écrit en 2005 et 2007 deux monuments, coup sur coup. Avec « Tokyo« , elle a réinventé le genre du thriller. Puis elle l’a peaufiné avec « Pig Island » et est devenue la reine du roman le plus noir qui soit. Deux oeuvres marquantes, deux baffes en pleine figure. Ces deux-là sont dans le top-ten des meilleurs policiers jamais écrits.

Une année après le scabreux « Pig Island », cet auteur au talent incontestable revient donc avec « Rituel » [« Ritual » en version originale], qui est la suite de « Birdman », écrit en 2000. Mais alors que Mo Hayder avait atteint la perfection du roman noir, elle revient malheureusement en arrière avec son dernier opus.

Tout commence dans le port de Bristol, où la plongeuse et sergent de police Flea Marley découvre une main orpheline et coupée net. Aidée du flic Caffery, le héros de « Birdman », elle devra enquêter pour retrouver le propriétaire de cette main. Plongée en eaux très troubles, sur fond d’Afrique, de magie noire et rituels obscurs.

Comme toujours chez Mo Hayder, les angoisses et blessures intimes des protagonistes sont au premier plan. Caffery n’est toujours pas guéri de l’obsession qui le ronge quant à la disparition de son frère lorsqu’il était enfant. Flea quant à elle tente de comprendre pourquoi elle n’arrive pas à faire le deuil de ses parents, morts en plongeant dans un gouffre sans fond. Viennent encore s’ajouter quelques personnages secondaires pour le moins inquiétants et dont les motivations restent mystérieuses jusqu’à la fin de l’intrigue.

Mo Hayder, la reine des baffes

Voilà pour l’histoire. Donc habituellement, lorsque Mo Hayder sort un nouveau roman, je m’en vais très vite payer mon obole à la culture policière pour assouvir mon vice. Et depuis le temps, je n’ai jamais été déçue. J’avais débuté avec « Birdman », un bon thriller classique, sans plus. Puis est venu « Tokyo », la baffe du l’année 2005… J’ai mis plusieurs jours à m’en remettre, de celui-là. Tant de génie, de finesse et de création dans une seule personne, était-ce vraiment juste?

Quand est venu « Pig Island », je me suis dit: ahah, elle ne pourra pas faire mieux que « Tokyo »… Eh bien j’ai dû ravaler mon « ahah » si bien senti. Car « Pig Island », s’il n’a pas la finesse du précédent, est encore plus haletant, incroyable, glauque. Du glauque comme je n’en avais jamais lu, et pourtant je me considère comme un expert en glauque. Mo Hayder, c’est noir, très noir.

Donc tout se présentait pour le mieux pour ce « Rituel », car la tendance allait dans le bon sens. Que n’ai-je été déçue pourtant!

Plusieurs raisons à cela:

Un début, qui se prolonge d’ailleurs jusqu’au milieu du roman, qui n’en finit pas de commencer. Peu d’avancées dans une intrigue qui stagne. On s’ennuie ferme sur tout de même 200 pages. On attend, on attend. Et rien. Mo Hayder fouille avec délectation le tréfonds des âmes de ses personnages sans qu’aucune avancée scénaristique ne survienne. Signe de la faiblesse de l’histoire, elle accumule les cliffhangers sans réelle utilité.

Une fin indigne d’une reine

Ahh, tout de même, on voit arriver le noeud de l’intrigue à partir de la moitié du roman. Et là ça devient bien, très bien même. Ambiance, style, histoire, tout y est. On se dit que ce « Rituel » est sauvé.

Mais non, finalement, car il y a la fin. Dont je ne parlerai pas, je ne vous ferais pas ça! Mais qui est si décevante. Car Mo Hayder, ce petit génie du polar, afin de ménager une surprise finale, ne recule pas devant la faute. Elle choisit comme « grand méchant » un personnage qui n’est absolument pas crédible psychologiquement dans ce rôle. Et ce procédé n’est pas digne de l’auteur.

Pour résumer: 200 pages d’ennui, une centaine d’autres qui donnent l’eau à la bouche et une fin indigne, d’autant qu’elle repose encore sur une erreur scénaristique qui saute aux yeux de tout bon lecteur.

Une angoisse mortelle atteint mon coeur

A la fin, une question me tarabuste: POURQUOI?

Pourquoi reprendre le héros de « Birdman » et revenir ainsi en arrière? Pourquoi bâcler la fin d’un roman qui aurait pu être prometteur?

Une grande déception donc, mais je peux m’en remettre. Sauf que je suis prise d’une inquiétude mortelle. Sachant que les très bon auteurs de polar sont aussi rares que les appartements libres à Genève, j’ai peur. Peur que Mo Hayder suive cette funeste tendance de l’édition actuelle, qui veut qu’un auteur sorte un roman par année. Qu’elle suive les traces des mortifiants Grangé ou autres Chattham. Des auteurs de talent eux aussi, qui ont écrit parmi les meilleurs romans policiers qui soient. Mais qui ont, Dieu sait pour quelle raison d’ordre pécuniaire j’imagine, accéléré leur rythme d’écriture. Au détriment de la qualité.

J’ai peur, mes amis. Le fric pourrit déjà tant de choses dans notre monde. Va-t-il aussi pourrir mon idylle avec Mo Hayder? Réponse dans une année…

Dragon abattu.

Mo Hayder et le background de « Rituel »:

Crédit photo: Arekev sur Flickr

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2 Réponses to “A la fin, une angoisse mortelle étreint mon coeur. Critique de « Rituel » de Mo Hayder”

  1. blongo said

    D’un autre côté, et je vais me faire frapper, est-ce que « Tokyo » était vraiment un chef-d’oeuvre? Aussi 200 pages d’ennui et quelques pages de suspense. Bon d’accord, c’est question de goût… Blongo préfère de loin Fred Vargas ou Tonino Benacquista, comme déjà signalé.

  2. […] réussites absolues, comme déjà dit. Ambiance à vous glacer les sangs. Thrillers morbides et […]

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