La culotte à l’envers

Regards sur notre monde

Portez-vous pâle, Fred Vargas est revenue. Critique d' »un lieu incertain »

Posted by Van Breukelen sur 26 juin 2008

Avec la chaleur, Fred Vargas est revenue. Deux bonheurs dont le premier me chaut moins que le second. Fred Vargas, c’est la perfection du polar à l’écriture impeccable. Jamais de fausse note depuis « Debout les morts« . Rien à jeter. Le seul défaut de Fred Vargas, c’est qu’elle ne publie pas aussi vite que Frédéric Dard. Du coup, je me languis déjà du suivant. Fred, si tu me lis, vas-y fonce. 

Si j’attends fébrilement la suite de aventures de l’improbable Adamsberg, commissaire marcheur, tout fluide mais s’agrippant soudain à des petites choses apparemment anodines, comme des « solettes à la Plogoff », c’est moins pour l’intrigue – impeccable, forte, passionnante et déroutante – que pour la puissance du style, la musique des mots, le caractère attachant des hommes et des femmes qui meublent chaque ouvrage de Fred Vargas. Et que certains trouvent répétitifs comme si on devait se lasser des bonnes choses.

Disons-le tout net, « Un lieu incertain » est à nouveau très très fort. De toute manière, quand on maîtrise la langue et les personnages comme cette rouée Vargas le fait, on ne peut rien rater. A la différence des opus précédents, ce n’est pas un élément anodin auquel un marginal – et Adamsberg, Kehlweiler ou autres évangélistes – prête attention sous les railleries des uns ou l’incompréhension agacée mais respectueuse de l’adjoint Danglard, puits de science et de vin blanc. Car on commence avec des pieds coupés posés en ligne dans un cimetière et un homme émietté. Le lien entre les deux se fera au cours de l’intrigue durant laquelle Adamsberg vivra de sales heures en compagnie de vampires et se découvrira une ligne de chance format bretelle d’autoroute – un poil trop à mon goût, passons.

Raconter Fred Vargas est impossible, il faut la lire.

« – Il n’y a pas de corps, dit Adamsberg en regardant la femme dans les yeux. –  Il n’y a pas de corps, répéta Pierre, mécaniquement. – Non. – Alors ? Comment pouvez-vous dire qu’il s’agit de lui ? – Parce qu’il est dans le pavillon. – Qui ? – Le corps. »

Dialogue surréaliste et pourtant logique – on est souvent sur le fil tendu entre deux mondes avec Fred Vargas, une frontière qu’on ne cesse de passer et de repasser entre l’incohérence, l’absurde, la rêverie ressassée – telles les histoires de crapeaux fumeurs qui reviennent encore ou celle de l’homme qui a mangé une armoire qui apparaît ici et ne cesse de revenir avec obstination dans la mémoire des uns et des autres – et la logique policière bien réelle et concrète. L’admirable ressassement peut se lire aussi avec cette trouvaille lexicale qui hantera la fin du volume :

« – Plog, murmura Adamsberg. – Qu’entends-tu par « plog » ? – C’est un mot de Vladislav, dont le sens varie selon le contexte. Qui peut signifier « certes », « exactement », « d’accord », « compris », « trouvé », ou éventuellement « foutaises ». C’est comme une goutte de vérité qui tombe.

Art de l’invention mais aussi art de la comparaison dans une justesse de ton qui est d’autant plus affolante qu’elle n’a rien de réaliste. Comment imaginer un flic qui insiste pour que le pluriel de texto soit dit texti et qui connaît le Highgate historique et ses 166 800 morts, 51800 tombes ? C’est à un tel degré de sophistication que lorsque le méchant arrive en balançant un « Salut connard », il fait vraiment peur, car son langage si commun dans un livre où tous les acteurs sont hors du commun marque une rupture aussi brutale qu’empreinte de sauvagerie.

Fred Vargas devrait se déguster, mais je ne peux m’empêcher d’être glouton. Tout en délectant des admirables ciselures dans l’écriture.

Un tout beau livre. Et qu’on ne vienne pas me dire que « ce n’est qu’un roman policier ».

Plog.

Van Breukelen

 

Publicités

4 Réponses to “Portez-vous pâle, Fred Vargas est revenue. Critique d' »un lieu incertain »”

  1. dragon buté said

    Salut Breukie (à l’américaine),
    t’as pas honte de me donner encore plus envie de lire ce dernier Vargas? Je n’avais pas besoin de ça, moi qui brûlais déjà de le dévorer!
    Plog à toi aussi.
    db.

  2. Fred Vargas est à Voltaire … ce que Frédérique Audoin-Rouzeau est à François-Marie Arouet et Alcofribas Nazier à François Rabelais. Beulemans est tout simplement resté Beulemans et il va boire une petite trappiste bien fraîche.

  3. […] bonne femme est énervante de réussites. Tous ses romans sont de petits bijoux d’orfèvre. L’intrigue passe souvent au second plan (à tort d’ailleurs), tant […]

  4. Vladkergan said

    Dans ce nouveau roman de Fred Vargas, l’auteur revient, à travers ses personnages désormais fétiches, sur les origines du mythe du vampire.

    Un polar efficace, intelligemment construit et surprenant où Adamsberg et ses acolytes ne seront pas au bout de leur peine.

    Une autre chronique est disponible ici : http://blog.vampirisme.com/vampire/?331-vargas-fred-un-lieu-incertain

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :