La culotte à l’envers

Regards sur notre monde

Il était une fois l’être humain. Critique du cycle de l’homme, de Maxime Chattam

Posted by dragon buté sur 27 juin 2008

J’ai lu tous les romans de Maxime Chattam. J’ai commencé par la trilogie du mal, il y a bien longtemps. Au vu de la qualité de ces trois romans (« L’âme du mal », « In tenebris » et « Maléfices »), j’ai continué. Mais et « Le Cinquième règne » et « Le sang du temps » ont été de grandes déceptions.

Alors quand Chattam s’est mis à la rédaction de son cycle de l’homme, j’ai repris espoir. Il semblait très doué pour les cycles, ce cher Monsieur. L’ambition de cette nouvelle série de romans était de « dresser un portait de l’Homo sapiens moderne dans ce qu’il a de plus troublant », dit l’auteur. Dans « Les arcanes du chaos », Chattam s’intéresse aux dérives de certains hommes avides de pouvoir, avec une optique résolument historique. Puis vint « Prédateurs », qui cherche l' »essence du crime ». Et enfin « La théorie Gaïa », un roman d’anticipation qui narre l’avenir de l’être humain et les bouleversements qui le terrasseront. Le projet était ambitieux, donc!

Ce qui m’a frappé le plus dans ce cycle de l’homme, c’est son hétérogénéité. Non qu’un cycle doive absolument comprendre des histoires qui se suivent. Mais si un romancier s’attèle à une série, il doit à mon sens se préoccuper d’une certaine continuité dans chacune des parties de son oeuvre, que ce soit une continuité thématique, stylistique ou dans la méta-réflexion. Ce n’est pas le cas ici.

Am stram gram

Certes, Chattam le dit lui-même. Il a voulu écrire des histoires très différentes. Pour le premier tome, une jeune femme prise au piège d’une conspiration qui la dépasse et orchestrée par des hommes de pouvoir qui veulent infléchir le cours de l’Histoire. Pour le second, la traque d’un tueur psychopathe durant une guerre anonyme. Et pour le dernier, une équipe de scientifiques chargée de découvrir ce qui se cache derrière des expériences suspectes sur le développement psychologique de l’homme dans les années futures.

Pas d’homogénéité dans les intrigues. Si ce n’est peut-être une volonté toujours réaffirmée de fouiller l’âme de ce que l’humanité fait de pire. Ce qui implique évidemment de s’intéresser à des cas très particuliers d’hommes (serial killers surtout). Cela met Chattam en porte-à-faux avec le nom de son cycle de l’homme. Lorsqu’on appelle sa série ainsi, il faut à mon sens que le cycle induise une réelle réflexion sur l’Homo sapiens actuel. Or les cas sont trop « à part » pour pouvoir extrapoler à l’humanité, sauf peut-être dans « La théorie Gaïa ».

Autre disparité, plus importante encore, celle qui concerne la qualité des trois romans. Certes, tous sont des « page turner » et se lisent en quelques heures grâce à une efficacité de l’intrigue qu’on ne peut dénier à l’auteur. Ne boudons pas notre plaisir. C’est vrai qu’on se laisse prendre, Chattam à la manière (américaine) d’inventer des histoires qui tiennent la route et des personnages basiques (le Bien et le Mal) qui font mouche.

Paroles, paroles, paroles

Mais on regrettera le manque de recul des aventures des héros de Chattam. Basiques, ces péripéties souvent attendues. Stéréotypés, ces personnages « pris dans la tourmente du monde moderne ». Prémâchés, les sentiments ressentis par le lecteur. Déjà vues, les théories qui sous-tendent les intrigues.

A propos de théories, voilà certainement l’aspect de ce cycle le plus homogène. Dans tous ses romans, Chattam s’inspire largement de théories scientifiques pour étayer son propos, ainsi que de théories de la conspiration. En tant que parano patenté, je suis très sensible aux théories du complot. J’aime.

Mais je ne pardonne pas à l’auteur de reprendre tel quel des conceptions déjà vues cent fois, et dont internet regorge d’ailleurs. Les francs-maçons qui veulent s’emparer du destin du monde, les attentats du 11 septembre orchestrés non par Al-Qaïda mais par des hommes de pouvoir, les Illuminati et le billet d’un dollar. Déjà vus cent fois. Et Chattam ne fait que les utiliser, sans y apporter un poil de recul ou une nouveauté quelconque. Principalement dans « Les arcanes du chaos », qui reste le plus faible des trois romans.

Dans « La théorie Gaïa », les théories présentes sont plus scientifiques. Mais à nouveau, pas plus novatrices. Chattam part des inquiétudes mondiales sur les changements climatiques pour élaborer son propos. Selon lui, la planète Terre, en tant qu’organe vivant et ayant « compris » les ravages que l’homme lui inflige, tente d’éradiquer l’être humain par une suite de catastrophes naturelles afin de rétablir l’ordre naturel. Mais l’homme se caractérisant pas son incroyable faculté d’adaptation, il « mutera » pour survivre. Seuls les individus les plus violents auront une chance.

Là encore, les bases sont bonnes. Il y a vraiment quelque chose à faire, même si parler de réchauffement climatique est assez « à la mode ». Mais Chattam reste dans le basique, le premier degré. Et n’arrive pas à mettre ces théories « à sa sauce« .

Des compliments pour terminer

Pour ce qui est de « Prédateurs », c’est certainement le plus abouti des trois, car il se base peu sur des postulats repris à d’autres. Il ne s’agit « que » de la traque d’un serial killer par une équipe d’experts. L’histoire est simple, bien menée et assez lugubre pour être passionnante. Et le roman comporte une qualité que je n’avais jamais rencontrée au fil de mes lectures: il se déroule en plein milieu d’une guerre dont on ignore tout. Impossible pour le lecteur de dater ce conflit, de savoir quels sont les deux camps qui s’affrontent, dans quelle région cela se passe ni les enjeux de cette guerre. Elle est là, elle influe sur la chasse au tueur, elle change la perception des protagonistes, mais reste mystérieuse. Une véritable trouvaille!

Tant qu’on est dans les compliments, soulignons en outre l’excellente qualité de l’ambiance créée dans « La théorie Gaïa ». Chattam est au sommet de son art dans ce dernier roman, tant on partage les peurs de ses personnages. Isolement, violence extrême et gratuite, conditionnement psychologique, tout y est. Rares sont les polars qui font aussi peur et aussi mal.

Pour ce qui des « Arcanes du chaos » en revanche, je ne trouve aucune louange à faire. Si ce n’est, comme je l’ai dit plus haut, qu’il s’agit d’un « page turner ». Rien d’autre à souligner.

Pour terminons, réglons donc son compte à ce cycle de l’homme. Pas à la hauteur par bien des côtés, il reste tout de même bien plus réussi que les derniers romans de Chattam. Il ne reste plus qu’à espérer que le romancier restera sur sa lancée pour les prochains.

Dragon fatigué d’avoir tant écrit.

Chattam à Vol de nuit parle de « Prédateurs »

 

Credits photo: wistreize , muha et Kat 30 sur Flickr 

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