La culotte à l’envers

Regards sur notre monde

Libelle de la pingrerie helvétique

Posted by patoudoux sur 14 juillet 2008

Or de la BNS

A la BNS, des lingots et encore des lingots...

La Suisse roule sur l’or, au propre comme au figuré. Pendant que la Banque nationale suisse dort sur des dizaines de milliards en lingots – bien qu’elle ait déjà distribué une bonne partie de ses 1300 tonnes d’or -, la Confédération helvétique jouit d’une solide économie  – malgré les déboires de l’UBS – et figure parmi les rares pays sur terre, si ce n’est le seul, à avoir bouclé ses comptes dans le noir depuis deux ans. Deux milliards et demi de francs (2’500’000’000) de bénéfice en 2006, quatre milliards (4’000’000’000) en 2007. Et les prévisions extrêmement prudentes de ce cher ministre des Finances Hans-Rudolf Merz, le picsou des Alpes, ne sont pas mauvaises du tout : +1,4 milliard pour 2009, +500 millions en 2010, +1,5 mrd en 2011 et +1,8 mrd en 2012.

Ce constat pour dénoncer l’impressionnante avarice de nos patrons à millions, pas foutus de comprendre que des augmentations de salaires significatives favorisent la consommation et donc la croissance, et surtout pour clouer au pilori la pingrerie de notre Hans-Rudolf Merz des savanes et sa clique des Sept Sages. Certes, il faudra bien effacer un jour notre dette (230 milliards en 2006, un peu moins aujourd’hui, soit moins de 50% du PIB) pour éviter de payer des intérêts à n’en plus finir. Quoique… Un éminent économiste dont le nom m’échappe a concédé dernièrement qu’une dette raisonnable (ce qui est le cas de la Suisse) ne faisait de mal à personne. Quand on pense que le trou français, selon l’INSEE, se monte à  2000 milliards de francs (environ 65% du PIB), et on ne parle même pas de celui des Etats-Unis (9000 milliards de francs fin 2007, également 65% du PIB), on se dit qu’on a de la marge. Non mais, faut pas pousser pépère Merz dans les orties!

Tout est sujet à réforme pour améliorer les comptes: AI, AVS, TVA, chômage, etc.  Un seul domaine ne semble pas touché par l’ »économicité aiguë »: les impôts. Mais bon, on s’en fout, quand Berne accepte de diminuer ses rentrées fiscales, ça ne concerne généralement que les riches.

Le M2, en test depuis quelques semaines, sous le pont Bessière.

En revanche, quand il s’agit d’investir, alors là y a moins de monde au balcon. Et pourtant quoi de mieux que de lancer des grands projets enthousiasmants qui profiteront à nos enfants (et peut-être un peu à nous)?  Mais non, pendant que les CFF, faute de volonté à Berne (et notamment pour la fameuse 3e voie entre Genève et Lausanne, ô combien nécessaire), envisagent de faire payer une taxe à leurs voyageurs pour financer ses prochaines infrastructures, pendant que le projet visionnaire Swissmetro a été soigneusement rangé dans une cave, pendant que le Parlement investit, dans un incroyable élan de générosité, 340 millions de francs pour rétribuer les privés qui se lanceront dans la production d’électricité à partir d’énergies renouvelables (la société mandatée par Berne, Swissgrid, a reçu 5000 demandes en trois mois, autant dire qu’il y aura des déçus),  pendant que ce même Parlement débat durant des mois pour savoir s’il faut augmenter le soutien à la recherche et à la formation de 4 ou de 6% ,  pendant ce temps-là, Vladimir Poutine présente un plan d’investissement de 565 milliards de francs (!!!) pour le développement des transports en Russie et Gordon Brown prévoit de débloquer 200 milliards de francs (!!!) sur 12 ans destinés à multiplier par dix le recours aux énergies renouvelables en Grande-Bretagne. La Suisse a l’air de quoi dans tout ça?

Bon d’accord, on ne peut guère comparer l’état de délabrement des transports publics en Russie au très dense réseau suisse. Et la Grande-Bretagne, avec ses 57 millions d’habitants, n’est pas la Suisse. Il n’empêche: c’est assez énervant de voir à quel point nos politiciens manquent de couilles en termes de dépenses (je préfère d’ailleurs utiliser le terme «investissements»), surtout quand ils essaient de nous faire avaler, pour prendre un exemple très tendance, que la construction d’une nouvelle centrale nucléaire est indispensable, faute de quoi on va droit à la pénurie de courant.

Des « jardiniers » s’affèrent en plein coeur du Flon sur le futur « mur végétal ». Qu’ont-ils bien pu planter?

Dans cette frustration face à la frilosité suisse, je prends mon petit bol d’air quotidien à Lausanne – ville que je suis fier d’habiter – grâce à la très proche mise en circulation du métro automatique à la plus forte déclivité d’Europe (pour les amateurs de chiffres: près de 350 mètres de dénivelé sur 6 kilomètres de tracé, soit une pente moyenne de près de 6% avec des pointes à 12%). Le M2, attendu avec impatience par les Lausannois, sera mis en service fin août-début septembre, et inauguré les 18 et 19 septembre (on attend 100’000 personnes). Enfin un projet novateur qui changera fondamentalement le rapport des habitants à leur lieu de vie! Son coût: 600 millions de francs. Mais les bénéfices pour la ville sont inestimables. Une ville qui d’ailleurs possède d’autres projets forts intéressants – d’où ma fierté d’y habiter -, comme un quartier écologique, un nouveau stade au bord du lac (dans le cadre du projet Métamorphose) et un nouveau Musée des beaux-arts, lui aussi sur les rives du Léman. Même si ces projets font encore l’objet de quelques réticences, l’ambition démontrée par les autorités fait plaisir à voir. Depuis 1989, Lausanne est dirigée par la gauche. Hans-Rudolf Merz est un homme bien droit (et bien à droite). N’y voyez aucune espèce de corrélation, of course…

Pour conclure, puisqu’on parle du M2, voici une sympathique vidéo démontrant que la réalisation de grands projets débouche parfois sur des initiatives tout à fait originales. Un jardin potager en plein centre-ville, ça ne s’invente pas! Jugez plutôt:

A bientôt, et vive l’audace!

Patoudoux

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3 Réponses to “Libelle de la pingrerie helvétique”

  1. blongo said

    Je tiens fermement à l’institution dans les médias et au Parlement de l’appellation noble mais juste de « Hans-Rudolf Gripsou ». Il fait vraiment penser à un vieux monsieur qui ne veut pas gaspiller son héritage. Mais je ne comprends toujours pas comment l’armée s’arrange pour fréquemment obtenir des millions pour des chars ou des avions inutiles, alors que les pontes du ministères des Finances sont si avares. Il y aurait coucherie que cela ne m’étonnerais pas…

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