La culotte à l’envers

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Damn right, he is the blues. Critique de Skin Deep (Buddy Guy)

Posted by Van Breukelen sur 11 août 2008

Le nouveau disque du maître frappe fort et juste

Un regret éternel: celui de n’avoir pas acheté mon prohibitif billet pour voir Buddy Guy à Montreux. D’après ce que j’en sais, il a brillé de mille feux – d’autant qu’il a été rejoint par Billy Gibbons des ZZ Top qui a fait un petit détour dans sa caravane avant Les Vieilles Charrues pour un « Stormy Monday » avec lui. C’est à voir ici (D’ailleurs, ne manquez pas la sauvagerie de Mustang Sally sur le même site, plus intéressante que la rencontre Guy-Gibbons). Buddy Guy, c’est le dernier ancien qui fait figure de référence absolue en blues – BB King n’est plus qu’une caricature de lui-même, et les autres sont morts… Buddy Guy avait un son à la Hendrix que les producteurs de Chess records n’ont jamais voulu – trop en avance sur son temps. Depuis, le vieux roublard a dégainé. Déjà avec le météorique Stone Crazy en 1981, puis avec le plus conventionnel – mais phénoménal succès – de « Damn Right, I’ve got the Blues« . Quelques disques un peu en-dessous plus tard, il sort un « Sweet Tea » dont le son reste impitoyable. Il vient tout juste de sortir un nouvel album – pas d’âge de la retraite pour ce papy de 72 ans qui a encore l’énergie d’un petit jeune. Cela s’appelle « Skin Deep » et c’est du bon Buddy Guy.

Il faut certes aimer le blues – car on aura affaire aux douze mesures tout au long de l’album ou presque -, un canevas qui permet à l’artiste de livrer ses solos en glissandos et en bends incessants, de frôler les limites de la mauvaise note comme il sait si bien le faire pour jouer sur l’émotion. Fermez les yeux et vous voyagerez au fond de votre âme.

Cela commence sur fond de cuivres par une intro en béton dans « Best Damn Fool« , classiques notes électriques qui s’interrompent pour la voix d’un Guy dont il joue aussi bien que l’instrument. Le refrain cesse sur un « let me show you » où le vieux bonhomme livre son solo pour prouver qu’il est le best damn fool de la chanson. Et ça marche. La fin est incendiaire.

Plus policé, nettement, le titre suivant « Too Many Tears » offre un joli duo avec Susan Tedeschi. Leurs voix se complètent bien, mais c’est un peu gentillet, convenu, sans risque.

Un blues lent classique de chez classique prend la relève. « Lyin’ like a Dog » vaut surtout par le solo qui démarre à 4 minutes 25 lancé après un « look out, man » avertissant de la bombe qui allait exploser. Un motif répétitif qui va à une hauteur stratosphérique avant de se déliter en arpèges qui reprennent ensuite de la hauteur. C’est grand.

72 ans et plus d'énergie que moi!

Le quatrième titre « Show me the Money » est là pour le spectacle. Efficace en concert mais d’une banalité désespérante sur disque. On n’échappe même pas aux choeurs qui font « woo hoo ». Passons.

Pour arriver au cinquième titre, où Guy est rejoint par Clapton. Les choses sont sérieuses pour ce titre de presque 8 minutes, « Every Time I Sing the Blues« . La voix de Guy montre des capacités étonanntes autant que celle de Clapton des limites. Guy 1, Clapton 0 avant le premier solo. En douceur pour Buddy et son son si caractéristique. Après le dernier chorus, le duel démarre en jam sans cesse renouvelée qui fout les frissons d’un bout à l’autre. On sent qu’ils passent un bon moment, l’un épaulant l’autre et servi en plus par l’impeccable orgue de Reese Wynans.

Changement d’ambiance mais pas de niveau de qualité avec « Out in the Woods » où Guy se fait accompagner du prodige de la lap steel, Robert Randolph. On est dans un marais en Louisiane, qu’on imagine brumeux et parcouru de serpents et d’alligators. Superbe solo de Randolph avec une série de triolets bien vus. On quitte la boue pour y replonger direct et Guy de coller à l’ambiance  par un son bien poisseux.

Premier titre entièrement écrit par Buddy « Hammer and Nail » et son rythme de marche construit sur quelques notes très Muddy Waters ne convainc pas vraiment même s’il est entraînant. Idem pour « That’s my House« , sans grand relief.

« Skin Deep« , chanson-titre de l’album, se démarque par sa tonalité soul. Un peu sucré, tout comme le message antiraciste qui ne fait pas hausser le sourcil. Ca passera bien à la radio, d’autant que la guitare de Guy se fait discrète et n’arrache pas les tripes comme sur le reste de l’album.

La suite est du pur blues, avec un hommage aux anciens et une lancinante question : « Who’s Gonna Fill Those Shoes?« . Qui remplacera la blues mort ? La réponse de Guy est Quinn Sullivan, 9 ans, qu’il invite sur ce titre à la fois fun et triste…

« Smell the Funk » est l’avant-dernier titre, où Guy fait entendre un petit falsetto – et une guitare hantée du plus bel effet…

L’ultime blues « I Found Happiness » est un cas d’école. Un blues parfait à enseigner aux débutants. Rien d’original, mais si prototypique qu’il est l’incarnation même de ce qu’est le blues – entre déchirements et couleurs joyeuses, la guitare lead servie par une guitare rythmique et un orgue habiles. De la belle ouvrage, nette et sans bavure.

Yes man, le blues est encore vivant. Il est incarné par un gars appelé Guy.

L’hallucinante vidéo de « Buddy Motherfucker Guy » dans le documentaire de Scorsese sur les Rolling Stones. Il faut voir Keith Richards donner sa guitare à un Buddy qui a livré sa petite prestation :

Van Breukelen

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2 Réponses to “Damn right, he is the blues. Critique de Skin Deep (Buddy Guy)”

  1. Beulemans said

    Douze mesures pour attraper le blues! Ça est terrible. Je comprends mieux Verlaine : « de la musique avant toute chose et pour cela préfère l’impair »; ça rend plus gay aurait dit Rimbaud.

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