La culotte à l’envers

Regards sur notre monde

Six médailles et demie, un ovni jaune, un poisson et des émotions olympiques

Posted by blongo sur 24 août 2008

Fabian Cancellara, l'incontestable héros suisse à Pékin

Fabian Cancellara, l'incontestable gloire helvétique à Pékin

On avait critiqué la Chine, l’attribution des JO à Pékin, les droits de l’Homme bafoués, la pollution, l’évacuation massive des basses classes du centre de Pékin et même des mensonges pendant la cérémonie d’ouverture. Et on avait sans doute raison. On peut aussi critiquer les nouveaux cas de dopage, même des chevaux ont été contraints d’abuser de substances, et la suspicion qui pèse sur certaines performances. Oui, toujours, oui. On peut regretter l’entraînement douloureux de certains athlètes chinois. On peut toujours pointer ceci ou cela d’un doigt accusateur.

Il n’en demeure pas moins que, comme tous les 4 ans, et plus encore que lors des Olympiades hivernales, la magie des JO opère et a opéré à Pékin. Si on aime le sport, et même si on  ne le suit pas avec assiduité le reste de l’année, on se prend au jeu, on apprécie ces champions qui se surpassent pour une rondelle de métal, dorée si possible. Les Jeux offrent à chaque fois des moments forts, émouvants, tristes, regrettables, décevants, malheureux. Les JO sont toujours un moment de sport à part, qu’on peine, malgré tous les à-côtés, à rejeter en bloc. On ne peut s’empêcher de croire que tous ces gagnants sont propres, que leurs victoires sont sans tache, que leur sacre est la récompense d’un dur entraînement. Et, ainsi, on aime les JO et on en redemande, même si les résultats ne sont que rarement conformes aux attentes et aux espoirs.

A l’heure de tenter de dresser un bilan, certes tout à fait personnel, de ces joutes pékinoises, il faut tout d’abord signaler les six médailles et demie de la Suisse en Chine, suite à la possible breloque en bronze en hippisme avec le déclassement du cheval norvégien dopé. C’est bien, très bien. Des émotions, des larmes et des félicitations. Toutefois, ça laisse tout de même un goût d’inachevé et d’inquiétude, tant on espère toujours plus. D’inachevé, car on aurait voulu voir des triathlètes, des beachvolleyeurs ou le marathonien Röthlin sur le podium, savourer la présence de spécialistes de bmx ou de plus de vttistes sur les fameuses marches, applaudir une surprise en escrime ou en taekwondo. Mais il ne faut peut-être pas trop faire la fine bouche.

Usain Bolt, un ovni jaune à Pékin

Usain Bolt, un ovni jaune à Pékin

L’impression est aussi celle d’une certaine inquiétude, dans certaines disciplines surtout. Car les six médailles proviennent de seulement trois disciplines: cyclisme (route, contre-la-montre et vtt), tennis et judo. Or, si l’on ne se fait pas de souci concernant le vivier suisse en vtt, Fabian Cancellara, le valeureux Spartacus aux deux médailles, était bien seul en cyclisme. Sa compère Karin Thürig est tout aussi esseulée, de même que le judoka Sergei Aschwanden. Le tennis se porte lui très bien, malgré la déception du simple, grâce aux deux héros de la nation, Roger Federer et Stan Wawrinka. Certes, la Suisse ne sera jamais une nation numéro un des sports d’été, vu sa taille. Mais on peut tout de même se poser des questions quant à la faiblesse de certaines disciplines: l’athlétisme, où les Suisses n’existent pas, contrairement à une nation similaire comme la Belgique. Le tir, vu l’attachement de l’Helvétie à ses armes. L’aviron, une autre tradition. Ou les sports collectifs, où aucune équipe n’était représentée, alors que la petite mais magnifique équipe d’Islande a conquis la médaille d’argent en handball. Pourrait-on soulever des problèmes au niveau de la formation, de la filière sport-études, des fédérations? Osons, osons.

En dehors des Suisses, ces JO ont réservé des moments rares, à faire dresser les poils de tout le corps. A commencer par l’excellent Usain Bolt. Le sprinter jamaïcain tout de jaune vêtu a embrasé le nid d’oiseau de Pékin avec ses trois titres et ses trois records. Si son attitude désinvolte peut laisser songeur, si des doutes planent avec ses fabuleux temps en sprint, on ne peut qu’apprécier et louer l’exploit. Et on veut croire qu’il est propre. Toujours en athlétisme, on a aimé les larmes de l’ogresse de la perche Elena Isinbayeva sur son podium, la volonté de battante de la Belge Tia Hellebaut en saut en hauteur, les émouvants lâchers de témoins des Américains en 4×100 mètres, la sportivité des décathlètes, la détresse du quatrième dans de nombreuses courses, la tentative de Liu Xiang en 110m haies alors qu’il était blessé et les larmes de son entraîneur en conférence de presse.

Michael Phelps, un extra-terrestre des bassins

Michael Phelps, un extra-terrestre des bassins

Et comment ne pas saluer les huit médailles d’or de Michael Phelps, l’extra-terrestre de la natation. Un exploit phénoménal, une réussite sans faille, obtenue en se gavant de pâtes et de pizza et en passant des journées et des journées dans l’eau. Et, à l’inverse, les larmes de Laure Manaudou et de son couac olympique font peine à voir. Louons en revanche les flamboyants basketteurs américains, les courageux handballeurs français et leur joie inarrêtable, Nadal qui a fait son Nadal avec toujours autant de talent, la domination absolue du vttiste français Julien Absalon, les larmes d’un colosse danois sur un podium d’aviron, l’ultradomination de la Chine dans les disciplines les plus diverses, du lancer du marteau au plongeon en passant par le volley, la gym, la voile ou le tir. Et tous ceux qu’on oublie.

Enfin, si on va vite oublier les mauvais gestes (un adepte du taekwondo cubain qui frappe l’arbitre, des gymnastes chinoises probablement trop jeunes pour concourir, des chevaux et des athlètes dopés), on rappellera les belles histoires des Jeux. La nageuse sud-africaine Natalie Du Toit, unijambiste, a terminé 16e du 10 km en natation. Un Afghan a décroché la première médaille pour son pays. Idem pour un étonnant Togolais en kayak. La Britannique Rebecca Romero a remporté l’or en poursuite sur piste, 4 ans après avoir gagné l’argent en aviron à Athènes. Le Chinois Dong Dong (!!!) médaillé de bonze en… trampoline. Le malheureux Américain Emmons qui rate complètement sa dernière cible en tir, alors qu’il était nettement devant et qui est écarté du podium. Et que de gamelles, des malheureux gymnastes qui lâchent anneaux ou barres fixes au mauvais moment et se retrouvent ventre à terre aux cyclistes qui glissent dans le fossé depuis l’asphalte mouillée en passant par ces jockeys dont la monture refuse obstinément l’obstacle. Et le bmx, parfois aussi drôle qu’un jeu de quilles, et la lutte souvent plus érotique qu’un film X, et le taekwondo et ses peu ragoûtants pieds au visage, et, et, et…

Et on se réjouit déjà d’être dans 4 ans à Londres (et aussi dans 2 ans à Vancouver, car hiver rime plus souvent avec médailles pour la Suisse) pour vivre de nouveaux moments magiques. Pour patienter, vous pourriez peut-être vous acheter un nouveau lit? Celui de la star chinoise du basketball Yao Ming au village olympique a été mis aux enchères: il mesure 2m31, car l’athlète mesure lui 2m27…

blongo enchanté

Crédits photos: kwc, kenyee et mrcopako sur flickr

Publicités

2 Réponses to “Six médailles et demie, un ovni jaune, un poisson et des émotions olympiques”

  1. […] Six médailles et demie, un ovni jaune, un poisson et des émotions olympiques […]

  2. zoka said

    verry nice photos.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :