La culotte à l’envers

Regards sur notre monde

Parlez-vous mouton? Critique de « Qui a tué Glenn? » de Leonie Swann

Posted by blongo sur 28 août 2008

Il est des livres qui arrachent le rire à tous les coins de pages. Il est des livres qui touchent par leur originalité et leur finesse. Il est des livres qui se veulent sans prétention et discrets, mais qui frappent plus que de pesants écrits grandiloquents. Il est des livres que peu de gens connaissent mais qui mériteraient la gloire réservée, on ne sait pourquoi, à d’autres. « Qui a tué Glenn? », le premier roman d’une trentenaire allemande, Leonie Swann, est de ceux-là. Pourquoi, comment, on ne le sait, mais ce livre est un petit bijou que tout fan d’humour et de roman policier devrait ranger dans sa bibliothèque. Même si tant l’humour que l’enquête policière prennent ici un tour bien particulier.

Les personnages, leur environnement, le positionnement de l’auteur, tout est particulier dans ce roman, pour le plus grand bonheur du lecteur. En effet, « Qui a tué Glenn? » narre l’enquête menée par un… troupeau de moutons pour découvrir le meurtrier de leur berger. Inutile de dévoiler plus de détails de cette intrigue rocambolesque, car ce serait gâcher le plaisir du lecteur. Mais on imagine aisément la pagaille que suscite dans un troupeau la mort de leur surveillant en chef. Et l’idée prend d’autant plus de saveur quand on se trouve dans la tête des moutons, enquêteurs acharnés mais souvent maladroits. Soyez assurés qu’après cette lecture, vous ne considérerez plus jamais les moutons de la même manière, vous ne vous direz plus que ces bêtes ont l’air ahuri ou sot. Un peu comme Patrick Süskind l’a fait avec le pigeon, Stephen King avec le Saint-Bernard ou Joseph Kessel avec le lion.

Le sous-titre du roman donne tout de suite le ton: « La première enquête résolue par Miss Maple, la brebis la plus intelligente du troupeau, voire du village, et peut-être même du monde… » C’est en effet la savante Miss Maple qui mène ses troupes dans cette enquête pour le moins difficile. D’autant plus qu’un mouton, même un mouton policier, reste un mouton et qu’un mouton, ça a toujours faim et ça a souvent peur, et quand cet animal a peur ou faim, il ne pense à rien d’autre, il mange ou il fuit. Enquête ou pas enquête, il mange ou il fuit, sans soucier des indices ou du suspect principal. Une habitude qui multiplie évidemment les scènes cocasses tout au long du livre.

Et Miss Maple n’échappe pas aux travers du mouton. N’est pas Sherlock Holmes qui veut. Heureusement, la brebis la plus intelligente du troupeau peut compter sur une ribambelle de Watson pour l’épauler, même si ces fins limiers sont également plus souvent préoccupés par le prochain brin d’herbe à brouter ou par un bruit susceptible de faire fuir le plus courageux des ovins.

Tous ces moutons offrent autant de caractères bien particuliers et toujours savoureux. Il y a là Sir Ritchfield, un ovin en voie de sénilité avancée, Zora, qui aime taquiner le bord de la falaise, la naïve Maisie, l’impulsive Heidi, le troublant Melmoth, le bien nommé Othello et bien d’autres, Cloud, Lane, Ramses, Maude, Cordelia . Saluons encore le plus drôle de l’équipée, Mopple la baleine, le mouton le plus gourmand du troupeau; s’il n’est pas très courageux, il est vital pour les enquêteurs en herbe, car sa mémoire est infaillible, contrairement aux autres, souvent proches de Dory, personnage inoubliable du dessin animé d’animation Nemo.

L’interaction du troupeau avec ces étranges hommes, une constante incompréhension mutuelle, les réflexions savantes des moutons, mais souvent à côté de la plaque, le comportement inlassablement louche des villageois voisins, tout est réuni pour une enquête palpitante et laborieuse. Ce roman justement récompensé par le Prix des lecteurs du Livre de poche, un indicateur souvent fiable, vous plaira à coup sûr, pour peu que vous acceptiez d’entrer dans ce monde particulier, pour peu que vous acceptiez d’imaginer que les moutons ne sont pas que des brouteurs sans cervelle, mais qu’ils parlent et pensent, pour peu que vous acceptiez de parler mouton l’espace de 300 pages!

blongo bêlant

Crédit photos: guylaine et marmotte sur flickr

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Une Réponse to “Parlez-vous mouton? Critique de « Qui a tué Glenn? » de Leonie Swann”

  1. Beulemans said

    Beulemans a une idée soudaine: pour savoir qui a tué Glenn, il faut peut-être aller chercher du côté de chez Léonie Swann.
    Facile? J’admets…
    Amicalement.

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