La culotte à l’envers

Regards sur notre monde

La démocratie est-elle soluble dans l’équilibre?

Posted by Van Breukelen sur 2 septembre 2008

Dans l’interminable course à la présidentielle américaine, les candidats ont fait leurs choix pour la vice-présidence.

Joe Biden, 35 ans de Sénat

Joe Biden, 35 ans de Sénat

Le jeune et inexpérimenté démocrate black, Barack Obama, a choisi un vieux briscard blanc de 65 ans, Joe Biden, lequel est au Sénat depuis 1973 (!) et a déjà été, plus ou moins brièvement, dans la course aux primaires en 1988 et 2008. Celui dont le slogan proclame le changement – peu original, mais il est  vrai qu’après huit ans de busheries, cela peut porter – opte pour un cacique de la politique.

De l’autre côté, un autre vétéran, de guerre celui-là, John McCain, 72 ans, choisit comme colistière Sarah Palin, une femme de 44 ans, gouverneure d’un Etat isolé, l’Alaska, totalement inexpérimentée, ex-dauphine de Miss Alaska, membre à vie de la National Rifle Association et héroïne anti-avortement.

Sarah Palin, gouverneure de l'Alaska depuis 2006

Sarah Palin, gouverneure de l'Alaska depuis 2006

Deux choix surprenants, mais très révélateurs. On choisit celui ou celle que l’on n’est pas : jeune, femme , fraîche en politique pour Mc Cain, blanc, âgé, expérimenté pour Obama. C’est ce que l’on appelle la complémentarité. Oui, mais c’est une complémentarité à double tranchant. En voulant ratisser large, compenser les faiblesses de l’un par les forces de l’autre, gagne-t-on en puissance? Ou est-ce un affaiblissement? Prôner le changement radical avec la politique désastreuse de George W. et opter pour un vieux de la vieille comme co-listier? Chercher à ramasser les voix féminines des déçues par l’abandon de Clinton et prendre comme co-listière une parfaite inconnue parce qu’elle est ultra-conservatrice et femme? Tout cela pue le calcul, la formule mathématique des spin doctors. C’est fait pour gagner. Oui, mais à quel prix?

D’abord, il y a la perte de crédibilité – le calcul est trop évident. Ensuite, on instaure une démocratie qui est de plus en plus une démocratie de la représentativité au lieu d’une démocratie du talent. On ne prend pas les meilleurs pour gouverner, on prend celui qui a la chance d’être né XX ou XY, white or black, du Sud ou du Nord, beau ou pas trop maigre… D’une certaine manière, cela veut dire que ces différences – la chance d’être né quelque part – comptent, qu’il est non seulement légitime mais important de représenter toutes les différences, toutes les minorités. Dans un Etat idéal, celui dans lequel on lutterait pour l’intérêt de la nation et non des intérêts particuliers, il n’y aurait pas besoin d’être si attentif à la représentativité, non?   Quelque part, cette course à satisfaire tout le monde marque une forme d’échec démocratique.

Une démocratie de l'hyper-représentativité?

Une démocratie de l'hyper-représentativité?

Dans l’Etat le plus démocratique du monde, la Suisse, on subit les mêmes questions de réglages. Arriver à la tête du pays signifie être capable de réunir plusieurs chances: la chance d’avoir la langue maternelle qui convient, celle d’être du bon canton – on a vu d’improbables déménagements – celle d’être du bon parti. A cela s’ajoute maintenant celle d’être du bon sexe. Récemment a été élue une femme qui n’avait jamais fréquenté la capitale, mais elle cumulait toutes les chances, surtout celle d’être une relative dissidente du bon parti. En effet, pour barrer la route aux populistes de droite, une astuce des parlementaires est de choisir une personne du parti que l’on cherche (tout cela est réglé par une formule tacite de proportionnalité qui est dite « magique« ) mais pas de l’aile dure. A-t-elle les qualités requises pour le poste? On peut l’espérer, mais c’est secondaire. Elle était nommée parce qu’elle existait – de manière quasiment providentielle. Et bien des hommes ou des femmes politiques de grand talent ne siégeront jamais dans le Conseil Fédéral, parce qu’on cherchera une Alémanique quand on est un Romand.

Faire intervenir la question des minorités ou des diverses susceptiblités dans une démocratie qui par essence fonctionne sur le régime des majorités est compréhensible, mais, tout bien pesé, cela peut mettre en péril la démocratie car cela justifie les intérêts particuliers, les lobbies, les luttes d’influence. L’intérêt  supérieur de la nation en sort perdant. Le casse-tête belge en est peut-être un exemple.

H. van Breukelen

  • crédit photo : wikipedia
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2 Réponses to “La démocratie est-elle soluble dans l’équilibre?”

  1. Beulemans said

    Effectivement, Van Breukelen, le casse-tête belge en est un exemple. Mais attends une fois que Beulemans s’en mêle et qu’il entre dans la reine à la barbe du roi. Ça sera pas de la petite bière sais-tu!

  2. Beulemans said

    Pour mettre à jour l’histoire de cette conasse de réactionnaire des deux de Beulemans, il faut encore ajouter que la fifille de la dadame ne suit pas de très près la très à droite ligne de sa maman…

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