La culotte à l’envers

Regards sur notre monde

Entre la peste et le choléra, le parlement a fait l’erreur de choisir

Posted by patoudoux sur 11 décembre 2008

Ce sera donc le choléra! Ou la peste, peu importe…  C’est bonnet blanc et blanc bonnet.  Le parlement avait le choix entre Ueli Maurer et Christoph Blocher, deux pontes de l’Union démocratique du centre. Et bien une année après l’éviction de Christoph Blocher, l’Assemblée fédérale a élu Ueli Maurer, ancien chef de meute de l’UDC, pour succéder au démissionnaire Samuel Schmid. En français dans le texte, c »est donc  le retour en force de l’UDC au gouvernement. Ce parti qui représente un tiers de l’électorat suisse, soit la formation la plus importante du pays. Et qui, contrairement à ce que son nom laisse supposer, se situe très à droite de l’échiquier politique. Voici pourquoi je crains le retour de l’un des durs de ce parti au gouvernement.

Après l’éviction du gouvernement de son chef spirituel Christoph Blocher en décembre 2007 pour « non respect de la démocratie et des institutions suisses » (je vous épargne les détails), l’UDC a galéré durant une année dans l’opposition. Oui, galéré, car pratiquer l’opposition en Helvétie, pays de la concordance, est une tâche périlleuse. L’UDC l’a appris à ses dépens. Ca peut paraître paradoxal, mais en Suisse il vaut mieux être au gouvernement pour s’y opposer. L’UDC en est la preuve vivante, elle qui a toujours poursuivi une politique d’opposition tout en ayant son meilleur élément au sein de l’exécutif. Durant les quatre ans de gouvernance blochérienne (2003-2007), le parti n’a jamais été aussi fort. Tenue au fait des dossiers par le meilleur tribun de son histoire, au courant de ce qui se tramait au sein du collège gouvernemental, l’UDC a eu tout loisir d’élaborer une intelligente stratégie offensive, mais surtout oppositionnelle et destructrice. Et comme il s’avère que les obsessions du parti sont les étrangers, la gauche et tout ce qui s’apparente de près ou de loin à quelque chose d’institutionnel, vous imaginez les dégâts…

C’est cette politique qui est peut-être de retour au Conseil fédéral avec ce bon vieux Ueli Maurer. D’apparence plus lisse, moins avide de pouvoir et moins arrogant que Christoph Blocher, ce Zurichois défend les mêmes idées, la fourberie en sus. Ce que Blocher, habile tacticien lui aussi, criait tout haut, Maurer le dira tout bas. Avec le même résultat: un gouvernement affaibli, un parlement qui s’entredéchire, un pays qui régresse. Parce que contrairement à ce qu’espèrent certains, le retour au gouvernement de la droite populiste ne rendra pas soudainement cette dernière moins populiste. Quand on entend les Freysinger & Co s’exprimer, on sait pertinemment que la métamorphose est impossible.

Mine de rien, l’élection d’Ueli Maurer s’est jouée à une voix: 122 pour lui-même, 121 pour Hansjörg Walter, un candidat UDC non-officiel désigné par le  centre-gauche du parlement comme alternative « acceptable » à Blocher et Maurer. Mais ce qu’on retiendra dans quelque temps, c’est que les principaux partis du pays ont choisi un retour à la concordance arithmétique, celle qui donne légitimement le droit à l’UDC, 29% aux dernières élections fédérales, le droit à un siège au gouvernement – même deux, si l’on respecte l’arithmétique jusqu’au bout.

Evidemment, voyant l’UDC affaiblie depuis son départ dans l’opposition il y a une année, la tentation de la tenir à l’écart fut grande, mais la politique est faite d’intérêts contradictoires. Ainsi, le Parti radical devra bientôt remplacer Pascal Couchepin et se trouvait donc dans l’obligation de soutenir le candidat UDC officiel, sous peine de se prendre une vengeance en pleine poire dans quelques mois.  Le PS, lui, n’a jamais proposé d’alternative crédible, et n’aura jamais le courage de soutenir une candidature verte, de peur lui aussi de voir son outrecuidance punie.  Quant au PDC, il avait comme d’habitude le cul entre deux chaises. Son président Christophe Darbellay, qui rêve d’entrer un jour au Conseil fédéral et qui cherche donc à faire des points sur sa droite, avait plaidé pour Ueli Maurer. Il a été suivi par une partie de ses troupes. Juste assez pour faire passer la peste Ueli Maurer. Ou le choléra. Peu importe, c’est bonnet blanc et…

A ce propos, pour vous faire une idée de la personne que vient d’élire le parlement, voici quatre vidéos tirées de la campagne UDC pour les élections fédérales de l’an passé, à l’époque où Ueli Maurer était président de l’UDC:

La critique systématique de l’Etat:

La stigmatisation des étrangers

La description d’un monde de chaos, à en devenir paranoïaque:

Et bien sûr, pour finir, l’hymne national:

Portez-vous bien, et n’oubliez pas de fermer votre porte à double tour…

Patoudoux

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