La culotte à l’envers

Regards sur notre monde

Et si j’offrais une BD de qualité pour Noël?

Posted by blongo sur 19 décembre 2008

La Quête de l'Oiseau du Temps

Vous ne dormez plus à force de vous préoccuper de ces satanés cadeaux de Noël? Vous ne savez pas quoi offrir à votre fille qui achète tout ce qu’elle veut? A votre mari qui a sa bibliothèque remplie de polars et sa DVDthèque pleine de films d’aventure? A votre beau-fils que vous ne connaissez pas depuis longtemps (et vous ne voulez pas vexer en lui offrant une bougie saveur orange-cannelle ou un T-shirt L, alors qu’il peine à faire façon de son XL)?

Mais avez-vous pensé à déposer une bande dessinée sous le sapin? D’accord, vous ne connaissez rien en BD et vous ne voulez pas prendre le risque de vous tromper. Mais tout en évitant les traditionnels Tintin, Astérix et Léonard, que chaque amateur qui se respecte doit néanmoins avoir lus, il est possible de débusquer des cycles originaux et magnifiquement dessinés. Les mangas font fureur, mais semblent incompréhensibles. Titeuf et Le Chat ont aussi toujours la cote en librairie et peuvent faire un cadeau sympathique, mais blongo va tenter de vous conseiller d’autres BD, un peu moins connues mais figurant néanmoins dans le must du genre. Petit tour d’horizon avec un bref descriptif pour éviter de se perdre dans la masse de l’offre, tout en sachant que chaque tome coûte aux alentours de 20 francs, ce qui peut faire des cadeaux conséquents…

A tout seigneur, tout honneur, commençons par l’exceptionnelle oeuvre de Régis Loisel. Cet auteur-dessinateur est l’un des meilleurs du genre. Et son cycle La Quête de l’Oiseau du Temps demeure à mon avis la meilleure BD qui ait jamais été rédigée. Scénario et dessins s’allient à merveille pour donner un véritable joyau. Les quatre premiers tomes forment une histoire d’heroïc fantasy avec des personnages savoureux qui partent à la recherche d’un oiseau mythique capable selon la légende d’arrêter le temps. Un temps précieux pour empêcher un vilain malabar de sortir d’une conque dans laquelle il est enfermé depuis des millénaires. A noter qu’un second cycle est en cours: deux tomes sont déjà sortis en librairie, un peu moins bien, mais néanmoins magnifiques.

Régis Loisel est également l’auteur du cycle Peter Pan, une intrigue achevée en 6 tomes qui s’inspire librement du personnage créée par James Matthew Barrie. Ecrite durant 14 ans, cette histoire narre comment un petit garçon pauvre et triste va devenir le célèbre Peter Pan, roi du pays imaginaire. On s’éloigne fortement et avec jouissance de l’histoire originale pour vivre une aventure faite de moments tragiques, de joies, de surprises, de méchancetés gratuites.

Lanfeust de Troy

Pour conclure sur Loisel, signalons encore les 4 tomes déjà sortis d’une série en cours dont on a déjà fait mention sur ce blog. Magasin général invite au dépaysement dans les fraîches contrées du Québec avec sa langue pittoresque et ses personnages haut en couleurs. Ou encore sa participation au scénario du Grand Mort, une série à peine commencée dont le 2e tome vient de sortir. On retrouve avec plaisir Pauline, la jeune fille qui s’était égarée chez un homme étrange après une panne de voiture, jusqu’à être projetée dans un univers parallèle plein de surprises.

Mais il n’y pas que Loisel dans le petit monde de la BD. Il y a aussi un auteur très prolifique, Christophe Arleston. Celui-ci s’est fait connaître grâce à son personnage de Lanfeust de Troy, dessiné par Tarquin. Dans un premier cycle de 8 tomes, Lanfeust et ses amis (un troll, un vieux sage, une blonde douce, une peste brune) partent dans la longue quête d’une bête fabuleuse. Lanfeust est au départ un jeune forgeron un peu simplet dans le monde de Troy où tous les humains bénéficient de pouvoir particulier. Mais il découvre vite qu’il est doté d’un pouvoir unique, ou presque… Le premier cycle est suivi par un second, Lanfeust des Etoiles, dont le 8e et dernier tome vient de sortir. Un peu moins bon que le premier cycle, ce rebondissement de l’intrigue devient peu à peu très plaisant, surtout grâce à de nouveaux personnages pas piqués des hannetons. Toujours concernant Arleston, signalons, entre autres, la série intitulée Trolls de Troy, dont on a également déjà parlé ici. Les onze tomes peuvent être lus séparément, à part les quatre premiers qui forment un cycle complet. Mais une lecture dans le désordre est tout de même déconseillée.

Une évocation du monde de la BD ne saurait également se priver de Manu Larcenet. Ce dessinateur très prolifique est notamment l’auteur de deux cycles phénoménaux, aux dessins un peu particulier et à la finesse d’esprit exemplaire. Le premier est Le combat ordinaire, dont la critique du quatrième tome figure aussi sur ce blog. On y retrouve le personnage de Marco, le photogaphe angoissé. Le second est Le retour à la terre, dont le 5e tome vient d’investir les librairies. Le héros est Manu, un citadin pure souche qui va s’installer aux Ravenelles, un bourg perdu de 89 habitants, dont les inquiétants Monsieur Henri et Madame Mangemort. Il n’en faut pas plus pour que Manu panique. Puis la routine s’installe avec de nouveaux problèmes. Concernant Larcenet, on signalera encore sa série intitulé les Aventures rocambolesques de…, où l’on retrouve en une seule BD les vies trépidantes d’Attila ou Sigmund Freud.

Tout autre genre avec la série Le roi cyclope, une BD achevée en 3 tomes écrite et dessinée (et c’est trop rare) entièrement par une femme, Isabelle Dethan. Cette bande dessinée narre les aventures d’un jeune héritier menacé de mort, d’un très inquiétant marquis à la cruauté sans pareil et d’une jeune fille aimée de ce dernier. A lire absolument, car elle est très bien construite et le personnage du marquis est des plus savoureux.

Une autre aventure de choix est celle que vit Sioban dans La complaintes des landes perdues. Sur 4 tomes, Dufaux et Rosinski font défiler la vie de la jeune princesse, avec ses démêlés avec l’infâme Lord Blackmore, devenu son beau-père après de perverses machinations. Sioban tente de se venger et de reconquérir son royaume avec l’aide d’un étrange chevalier du pardon. Mais elle doit aussi recourir à la magie noire, à ses risques et périls.

Comme pour Thorgal, Rosinski s’est aussi associé à Van Hamme pour un autre mythe de la BD, Le grand pouvoir du Chninkel: dans cette histoire, un petit Chninkel tout à fait commun, une sorte de mélange entre un homme et un lutin doté de grands yeux et d’un grand coeur, se retrouve propulsé au milieu de la lutte infernale que se livre les trois immortels pour le contrôle du monde. Ce Chninkel prénommé Jon doit trouver un moyen de faire cesser cette lutte, faute de quoi le monde sera détruit. Tout un programme, mais un scénario qui va beaucoup plus loin.

Que dire encore de Ou le regard ne porte pas, deux BD dures et tendres à la fois qui portent un regard intéressant sur le monde, le tout avec des dessins fins et soignés. Tout part de l’amitié solide entre quatre enfants et tout finit par un drame de la vie adulte. Tendre, mélancolique, tragique, émouvant, les qualificatifs ne manquent pas pour ce dyptique atypique.

Signalons encore la drôlissime épopée Garulfo, en six tomes: ce conte moderne met en scène une sympathique grenouille qui souhaite devenir un homme. Une fantasque sorcière se charge d’exaucer ses souhaits et les ennuis commencent. Surtout que dans le même temps, un prince vaniteux est réduit à l’état d’amphibien afin d’apprendre l’humilité. Les situations alambiquées se succèdent avec génie.

Et pourquoi ne pas se plonger un peu dans l’excellent Enki Bilal: mis à part la fameuse trilogie Nikopol, qui fait partie des classiques de la BD, mais des classiques de compétition, le dessinateur s’est fait l’auteur de deux fameuses bandes dessinées en un seul tome qui valent vraiment le détour: Les Phalanges de l’ordre noir et Partie de chasse. Ou le mélange des sombres années franquistes et de vieilles amitiés du passé. Dur, mais vrai, mais surtout dur. On n’en dira pas plus, ce serait gâcher l’intrigue. Mais les dessins sont parfaits, comme toujours chez Bilal.

Allez! Concluons cette longue énumération par l’évocation de l’intéressante concept des Sept: « 7 récits, 7 missions à haut risque, 7 équipes de 7 hommes décidés à réussir !” 7 scénaristes et 7 dessinateurs ont relevé le défi lancé », annoncent fièrement les albums. Tout est dit et la découverte des aventures de 7 psychopathes, 7 guerrières, 7 voleurs ou 7 yakuzas sont aussi diverses qu’intéressantes. Les histoires partent dans les tous les sens, mais on sent une belle unité de style et d’idée dans ces récits pas toujours très bucoliques.

Voilà, espérons qu’avec ce petit panel du meilleur du meilleur de la BD, vous trouverez le cadeau idéal pour la nouvelle petite amie de votre tête blonde. Et si elle préfère un pot pourri senteur gingembre-violette-eucalyptus, c’est qu’elle est perdu pour la science.

Et si nos bien-aimés lecteurs ont d’autres suggestions, on est évidemment preneur!

blongo

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Une Réponse to “Et si j’offrais une BD de qualité pour Noël?”

  1. patoudoux said

    Merci blongo pour tous ces conseils avisés sur les BD. Je risque fort d’en acheter quelques-unes, mais plutôt pour ma propre bibliothèque!

    Cela dit, j’ajouterais à ta liste la série des Sin City de Frank Miller. Cinq ou six tomes (je ne sais même plus) de superbes fresques en noir et blanc. La ville dans toute sa noirceur. Ca vaut la peine de s’y plonger quelques minutes!

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