La culotte à l’envers

Regards sur notre monde

Un marketing réussi pour « La princesse des glaces », de Camilla Läckberg. Critique

Posted by dragon buté sur 28 décembre 2008

Un charme nordique pour cette remontée dans le passé

Un charme nordique pour cette remontée dans le passé

Je sais que comme pour tout autre domaine, le marketing a atteint, dépassé, subjugué, gangrené la littérature. Et je sais qu’il faut résister aux démarches publicitaires massives des maisons d’édition, qui nous font lire partout dans le monde les mêmes romans à la même date.

Mais après avoir été bouleversifié (comme on dit chez moi) par la mirifique trilogie « Millénium » de Stieg Larsson, j’étais mûr pour tomber dans le nouveau piège de sa maison d’édition, Actes Sud et plus précisément Actes Noirs. Donc lorsque je suis tombé (enfin, lorsque ma librairie m’a fait tomber, pour être exact) sur leur dernière parution, j’ai hésité quand même, mais j’ai fini par acheter, bien sûr. Entre les « il faut » et les « j’ai envie », ce sont souvent les derniers qui gagnent!

Donc, même couverture noire, même image rougeâtre, même nom à consonnance nordique de l’auteur, référence explicite à « Millénium » sur la quatrième de couverture, j’étais foutu. Avant même d’avoir lu, je me détestais et je n’avais pas que de bonnes pensées envers cette Camilla Läckberg que je ne connaissais ni d’Eve ni d’Adam et qui m’avait tout de même coûté un saladier. A ce propos, je me demande, je me demande pourquoi les « Millénium » ne sont pas encore sortis en poche. Vous vous le demandez aussi, j’imagine…

J’étais donc mal disposé, ayant surtout conscience que « La princesse des glaces » de Camilla Läckberg ne pourrait jamais arriver à la malléole de Larsson ni effleurer le génie du génial « Millénium ». D’autant que ce roman a une caractéristique qui n’est pas de mon goût niveau polars. Une femme en personnage principal, ce qui provoque souvent de longues et inutiles scènes de remise en question et de sentimentalisme poisseux.

Et malgré tous ces préjugés, j’ai été plutôt séduit par l’histoire suédoise que nous conte Camilla Läckberg.

Tout d’abord, le milieu de l’intrigue est très attractif. On tombe vite sous le charme de ce petit village suédois de bord de mer, Fjällbacka, où la vie se déroule paisiblement sous un manteau de neige et par un froid glacial. L’impression d’un lieu isolé, à l’abri de l’agitation des villes, un endroit où les joies et les rancoeurs tiennent longuement au coeur. On aime aussi les personnages secondaires, les vieux et vieilles du village, brossés avec beaucoup de tendresse. Ces vieux et ces vieilles qui ont encore des rêves et des espoirs. Et qui détiennent les clés du mystère.

Un village d'apparence tranquille

Un village d'apparence tranquille

Quant à l’histoire justement, elle est vraiment bien amenée. De petits chapitres nerveux qui font avancer l’enquête par les yeux des deux protagonistes principaux, l’écrivain Erica Falck et le policier Patrick Hedström. Erica Falck, de retour à Fjällbacka pour raisons familiales, découvre le corps sans vie d’une amie d’enfance. Elle et Hedström devront remonter loin, très loin dans le passé des familles de Fjällbacka pour trouver les racines de ce crime. Histoires de village, histoires de familles, histoires de crimes passés s’entremêlent pour donner une trame compacte et prenante.

Quelques petits bémols toutefois. Tout d’abord l’une des trames de l’histoire prend furieusement l’aspect d’une histoire d’amour classique dont on voit peu l’utilité et les deux personnages principaux sont parfois un peu trop sentimentaux, pris par des considérations peu « polaristiques ». Quelques clichés aussi, notamment sur les rapports entre le flic Hedström et son chef incompétent. Mais les petites touches de fraîcheur que Läckberg introduit dans son intrigue rattrapent vite ces légères faiblesses. On ne parle pas ici du roman policier de l’année, mais d’un objet qui séduit et qui garde son lecteur en haleine tout du long.

Et pour terminer, ne vous fiez pas à la quatrième de couverture du roman, qui parle d’une « enquêtrice au foyer façon Desperate Housewives », une mention qui a failli arrêter mon geste acheteur. Beurk! Non, « La princesse des glaces » recèle une bien plus grande profondeur que cela, un charme nordique que les filles de Wisteria Lane n’imaginent même pas. Comme quoi parfois, le marketing forcené peut se mettre le doigt dans l’oeil.

Camilla Läckberg, un chocolat chaud à déguster au coin du feu. Un petit plaisir qui se prolongera ces prochaines années, car elle a déjà cinq romans à son actif qui seront traduits dans la foulée. Le marketing a encore de quoi s’occuper.

Dragon nordique.

Credit photo: thriol sur Flickr.

Une autre critique de « La princesse des glaces ».

Un article intéressant qui résume la « polémique Millénium » sur L’Express Livres.

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2 Réponses to “Un marketing réussi pour « La princesse des glaces », de Camilla Läckberg. Critique”

  1. blongo said

    Cher dragon,
    J’ai enfin terminé La princesse des glaces. C’est vrai que c’est pas mal, même si ça n’arrive pas à la cheville de Millénium. Et dans le genre nordique, je conseillerais aussi plutôt Indridason. Mais bon, il y a du bon (et du moins bon) dans ce roman. Ma principale critique par rapport à Larsson et Indridason, c’est qu’on ne retrouve pas la patte nordique chez Läckberg. L’histoire pourrait tout aussi bien se passer en Espagne ou au Japon. Il n’y a pas cette impression de froid permanent qui enveloppe Millénium. Et c’est presque un peu gentil.

    Mais ce ne sont là que des critiques. Il serait dommage de passer à côté de ce roman, car on passe vraiment un bon moment. Les personnages, bien que dramatiquement amoureux, sont très intéressants. Et il ne faut lire la fin que pour admirer une histoire des couples des plus piquantes…

  2. […] La critique de “La Princesse des glaces” par votre serviteur. […]

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