La culotte à l’envers

Regards sur notre monde

L’UDC n’aime ni les étrangers, ni les animaux. Après les moutons, les corbeaux…

Posted by blongo sur 2 janvier 2009

Pour sa nouvelle campagne contre la reconduction de l’accord sur la libre circulation des personnes avec l’Union européenne et son extension à la Roumanie et à la Bulgarie, l’Union démocratique du centre (qu’il serait une fois bon de renommer en Union tout court, car le reste de l’appellation est plus que bancale) a cette fois décidé d’exhiber de vilains corbeaux menaçant la si douce Suisse. Après des mains d’étrangers tentant d’agripper des passeports suisses et surtout la fameuse affiche des moutons blancs repoussant des moutons noirs hors de Suisse, l’UDC a choisi des volatiles intimidants pour soutenir ses thèses anti-européennes et anti-étrangers. Que l’ont soit pour ou contre la libre circulation, le procédé est une fois de plus nauséabond.

Pour dire non à la libre circulation, l’UDC a donc mis en scène trois corbeaux noirs, très noirs, et à l’oeil noir, très noir, qui s’apprêtent à picorer une Suisse rouge à croix blanche et distinctement fermée au monde extérieure. Avec en plus le slogan « Ouvrir la porte aux abus? Non! » Une fois de plus, l’affiche n’a rien à voir avec le sujet: elle ne dit pas non aux bilatérales ou à la libre circulation, elle dit non au Roumain, au Bulgare, à l’autre, à l’étranger, au noir. L’étranger, celui qui n’est pas Suisse et qui en plus n’a pas une couleur de peau bien blanche, est vu comme un rapace, un pique-assiette, un danger. On ne parle pas Europe, économie ou chômage, on parle rejet, discrimination, hostilité franche et ouverte. La vilaine cuisine électoraliste de l’UDC est connue, c’était déjà pareil avec les moutons et les passeports. On n’aborde pas vraiment le contenu de la votation, mais on préfère des symboles certes évocateurs et percutants, mais surtout généralisateurs et xénophobes.

Et les notables de l’UDC en rajoutent: « Les corbeaux sont des rapaces, des oiseaux agressifs et voleurs, qui menacent l’existence des autres oiseaux », a savamment argumenté l’ornithologue Toni Brunner lors du lancement de la campagne. Sans toutefois oser dire expressément que le Roumain et le Bulgare est agressif et voleur, mais en le laissant entendre tellement fort. Alors que le Suisse est lui un bel oiseau blanc très noble, un vaillant albatros aux idées si pures…

Autre ornithologue de talent, qui plus est doublé d’un bourreau de sorcières émérite, Yvan Perrin renchérit et surabonde les propos du patron: « Le corbeau est en général associé à une image négative. On le voit volontiers sur l’épaule d’une sorcière. Nous avons souhaité symboliser toutes les menaces qui pèsent sur la Suisse à travers cet oiseau, qui est à lui tout seul le symbole de tout ce qui peut arriver de mauvais. » On avance encore dans le putride: le Roumain et le Bulgare deviennent les symboles de « tout ce qui peut arriver de mauvais ». C’est Perrin qui le dit, on n’exagère pas.

C'est beau un corbeau, non?

C'est beau un corbeau, non?

Si l’on tente d’aller plus loin que des considérations aussi volatiles, on apprend sur le site de l’UDC que les habitants de ces deux pays à l’apparence si paisible menacent de causer les abus les plus graves, c’est écrit noir sur blanc (et non pas le contraire): plus de chômage, une baisse des salaires, une caisse d’assurance-chômage vide, des institutions sociales ruinées, une criminalité décuplée, une neutralité et une indépendance minées, des libertés détruites, une prospérité menacée, une immigration illimitée. Boudiou, on ne savait pas que les Roumains et les Bulgares avaient autant de pouvoir, et surtout autant de méchanceté en eux. Tous les arguments sont bons pour toucher le citoyen. Mais celui-ci se laissera-t-il prendre par autant de simplifications féroces? On aime à penser que non, surtout quand on sait que le voisin hongrois ou polonais, qui fait déjà partie de l’UE, n’est jamais venu en Suisse en hordes sanguinaires,  tueuses d’emplois et pourfendeuses de neutralité.

Et, en fait, cette campagne lourde de métaphores douteuses et de propos hargneux sent surtout le coup de poing revanchard adressé à ceux qui ont décidé de lier la reconduction de la libre circulation, à laquelle l’UDC n’est pas foncièrement opposée, et son extension à ces deux Etats si menaçants. Comme un enfant privé de dessert, les pontes de l’UDC ont décidé de tout rejeter en bloc, quitte à ruiner le travail effectué jusqu’ici avec l’UE et dont bénéficient au premier chef la plupart des entreprises suisses, et notamment celle de Monsieur Blocher, ratiboiseur de corbeaux et de moutons depuis des années.

Car l’UDC n’est pas tout de suite partie en campagne contre la libre circulation. Inquiets pour leurs échanges florissants avec l’UE, les riches entrepreneurs zurichois de l’UDC n’ont pas souhaité combattre directement le projet. Il a fallu que les jeunes roquets, encore plus grignotteurs de corbeaux étrangers, lancent le bal de l’agressivité pour que tout le parti suive toutoutement. A part certains membres, les plus portés sur l’économie, qui prônent ouvertement le oui. Et on a même l’impression que beaucoup d’élus UDC combattent un peu pour la forme, par habitude du rejet de l’étranger, mais qu’au fond ils savent qu’ils seraient parmi les premiers perdants en cas de rupture des accords économiques avec l’UE.

Alors, comment réagir à cette nouvelle campagne pestilentielle?

A. Adhérer à la SPA et porter plainte contre l’UDC pour calomnie, humiliation et mauvais traitements envers les animaux.

B. Aller à une conférence de presse de l’UDC et jouer les rambos de la chaussure, comme cet homme lors d’une conférence de George W.Bush. Peut-être qu’Oskar Freysinger ou Pirmin Schwander seront moins véloces que W. pour parer le soulier volant. D’accord, ça ne sert à rien, mais je suis sûr que ça détend.

C. Aimer, adorer et chouchouter les corbeaux. Ils le méritent bien, car ils ont paraît-il le moral dans leurs chaussettes noires depuis une semaine. Et qu’en peuvent-ils d’être noirs? A quand une mise au ban des chats noirs ou du chocolat noir?

D. Voter un oui franc et massif à la libre circulation le 8 février!

blongo udcphobe et corbophile

Crédits photos: UDC et Greg7

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6 Réponses to “L’UDC n’aime ni les étrangers, ni les animaux. Après les moutons, les corbeaux…”

  1. alevinsix said

    moi j’ai fais ca pour me détendre….
    La question est posée...
    Cà m’a fait un petit peu de bien… oui…
    😉

  2. Beulemans said

    A+B+C+D:OK:UDC KO

  3. blongo said

    Cher Alevinsix, l’idée est ma foi fort bonne et devrait être diffusée à plus grande échelle. Il faudrait juste ajouter un chaton rageur en train de menacer ces vilains corbeaux (ceux-là sont vraiment vilains.

    Cher Beulemans, toujours le sens du résumé fort à propos. Malheureusement, on est encore loin du K.O. et toujours plus proche du chaos (le jeu de mots est facile…) avec l’arrivée de Super Ueli au Conseil fédéral. Bon, c’est mieux que Totof, mais c’est pas encore ça. Et il n’a même pas le côté Nounours du Sämu!

  4. Beulemans said

    UDC contient DC, C peut-être bon signe s’il sagit de lui-même?

  5. patoudoux said

    Une information publiée aujourd’hui. Ca se passe de commentaire:

    « La campagne de l’UDC contre la reconduction de la libre circulation avec l’UE et son extension irrite les défenseurs des oiseaux. Les corbeaux ne sont ni agressifs, ni rusés. Au contraire, ils sont intelligents, fidèles et même casaniers, clament-ils. Pour sa campagne, l’UDC a choisi l’image de trois corbeaux s’attaquant à la Suisse. Selon le parti, ces oiseaux «agressifs et voleurs» symbolisent les dangers que l’extension de la libre circulation à la Roumanie et la Bulgarie fait peser sur la Suisse.

    Selon l’Association suisse pour la protection des oiseaux (ASPO), qui s’est fendue vendredi d’un communiqué en allemand, cette image est fallacieuse. L’ASPO veut la corriger, afin d’éviter que les corbeaux n’aient à souffrir de préjugés au sein de la population, a expliqué son directeur Werner Müller à l’ATS. Selon lui, le choix de l’UDC est maladroit. En effet, les corbeaux ne sont pas des oiseaux migrateurs, ils restent fidèles à leur territoire. «On ne verra donc pas de corbeaux roumains ou bulgares venir en Suisse», précise Werner Müller. »

  6. Goin said

    MONDE DE MERDE !!!

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