La culotte à l’envers

Regards sur notre monde

Arnaldur Indridason nous emmène dans son « Hiver arctique ». Et il n’y fait guère chaud

Posted by blongo sur 29 mars 2009

L'Islande, à la fois froide...

L'Islande, à la fois froide...

Tout le monde se souvient de Bjorn Borg, la légende du tennis. Tout le monde aime le Père Noël, qui habite comme chacun sait à Korvatunturi, en Laponie finlandaise. Tout le monde a vibré lors des JO de Lillehammer en Norvège. Il y a encore les Nokia finlandais, le roi de Suède et les fjords norvégiens. Il faudra maintenant compter avec Arnaldur Indridason, le nouveau prodige du monde nordique. Cet écrivain, qui est lui islandais, brille à nouveau avec son cinquième roman traduit en français, « Hiver arctique ».

Avec ce polar à la sauce islandaise, Indridason s’inscrit dans cette lignée d’auteurs nordiques qui célèbrent leurs froides contrées. Dans le sillage des Suédois Henning Mankell et surtout Stieg Larsson (le fameux auteur de la superconnue trilogie « Millenium »), Arnaldur (car en Islande on s’appelle directement par le prénom) s’affirme comme un nouveau maître de ce genre très à la mode. Il est fait froid, les personnages sont pas des plus chaleureux, l’intrigue est sombre, les morts se succèdent, l’ambiance est parfois pesante. Mais on ne s’ennuie jamais. C’est ça la littérature nordique, comme le prouve ce fieffé mélancolique qu’est Indridason.

« Le vent s’avançait en hurlant à la mort et en sifflant entre les maisons: il envahissait les rues désertes. La ville hibernait, comme dans l’attente immobile d’une épidémie. Les gens se cloîtraient à l’intérieur. Ils fermaient les portes, les fenêtres, tiraient les rideaux en espérant que, bientôt, la vague de froid prendrait fin. » C’est ça le monde islandais selon Indridason. Etrange pour le lecteur non averti des zones tempérées. Avec encore un soupçon de suspense policier et l’affaire est dans le sac. Le nordique écrivain a ferré son lecteur.

L’atmosphère frigide de cette Islande méconnue correspond aussi à merveille tant aux intrigues noirâtres qu’aux histoires personnelles peu reluisantes. On a froid, sans cesse on a froid.

...et intrigante

...et intrigante

Indridason est avant tout plaisant grâce à son héros atypique, l’inspecteur Erlendur Svensson; Erlendur pour les intimes. Un vieux policier jamais avare de paroles peu amènes, toujours aussi emprunté dans ses relations humaines, à jamais associal. Et sans aucun tact, il est comme ça, Erlendur. Et c’est comme ça qu’on l’aime. Incapable de nouer un lien normal avec ses deux enfants, incapable d’avouer ses sentiments à une hypothétique compagne, incapable de ne pas mettre mal à l’aise le témoin qu’il interroge. Incapable d’être normal. Comble de cette façade froide, Erlendur vit dans un appartement constamment sans lumière et il se nourrit invariablement de surgelés nauséabonds. Repoussant, Erlendur? Non, attachant, malgré tout. Notamment grâce à sa relation distordue avec ses adjoints Sigurdur Oli et Elinborg. Et aussi grâce à cette fascination morbide mais compréhensible pour les personnes disparues à travers l’île.

Sans trop en dire de l’intrigue de « Hiver arctique », on constate qu’Indridason évoque un nouveau pan de la vie islandaise. L’immigration et ses problèmes. Cette fois-ci, un jeune adolescent d’origine thaïlandaise est assassiné alors qu’il rentrait chez lui dans la banlieue de Reykjavik. Racisme, chamaillerie entre ados, préjugés, crime gratuit? Erlendur va mener l’enquête, avec son pessimisme et son acharnement habituels. C’est fameux, c’est tendre, c’est triste. Entre ses visites à une vieille collègue malade, les difficultés de ses enfants et d’étranges appels anonymes, l’inspecteur est sans cesse troublé, mais persiste et insiste vers son but.

Et si vous avez aimé « Hiver arctique », précipitez-vous sur les autres romans d’Indridason, « La voix » et « La cité des jarres » en premier lieu. Cela en vaut la peine, absolument. Et profitez-en pour vous plonger dans ce tsunami nordique: Larsson, Thorarinson, Staalesen, Nesbo… Il y en a tout un tas, tout un tas de fraîcheur policière!

Et cela permet aussi de découvrir les joies des patronymes venus du Nord. On en prend plein la vue chez Indridason: Hallur, Thorvaldur, Bergthora, Valgerdur, Rögnvaldur, Gestur, Dagga, Kjartan, Raggi, Helgi, Vihljalmur… Et là au milieu, une brave dame simplement nommée Marion: mais tout le monde sur l’île affirme que ce prénom est bizarre.

Ils sont fous, ces Islandais!

blongo

Crédit photos: Emmanuel25 sur flickr

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