La culotte à l’envers

Regards sur notre monde

La Santé est malade, mais elle se soigne, elle

Posted by Van Breukelen sur 26 mai 2009

64755957_22e8e1019d_mIl a beau être grand, Pascal Couchepin se fait tout petit ces jours. Il triomphait ces deux dernières années avec des hausses de primes des assurances-maladie modérées, il doit aujourd’hui annoncer en catimini, via un communiqué sec et austère, que les hausses des primes atteindraient en 2010 15% en moyenne. D’où des mesures urgentes et extrêmement impopulaires comme une taxe de consultation qui risque fort d’inciter le malade démuni à attendre que ça passe, alors que ça peut tourner au vinaigre. Bref. Le but de ce post n’est pas de polémiquer, surtout après l’enterrement de première classe du Fureteur, mais de faire un petit historique d’un serpent de mer médiatique qui commence en décembre 2008.
La valse des annonces a commencé en effet en décembre 2008. Une hausse de 10% était annoncée par SantéSuisse et son nouveau président Claude Ruey. En cause, la hausse des coûts de la santé (dont on sait qu’elle est régulière pourtant : +5%). Cette hausse n’a pas été prévue par les primes 2008-2009 – merci à Pascal Couchepin – et oblige les assureurs à puiser dans des réserves qui ont fondu à cause de la crise financière.

Ce qui est assez curieux, c’est qu’une étude avait montré quelques jours auparavant que les primes avaient augmenté bien plus vite que les coûts de la santé. Ce qui est tout aussi curieux est que l’amie d’une amie qui travaille dans une assurance-maladie a pu bénéficier d’un quatorzième salaire il y a un ou deux ans pour que l’assurance-maladie ne fasse pas de bénéfice interdit par la loi. On ne m’ôtera pas de l’idée que malgré un discours prônant la transparence, il règne dans ce domaine une opacité jalousement gardée. Bref derechef. Revenons à nos moutons.

L’annonce de Claude Ruey a mis en émoi le monde politique. Le scepticisme prévalait. Une stratégie pour amorcer des négociations consiste à peindre le diable sur la muraille. A l’OFSP, un certain Peter Indra déclarait : «Tout de même, 10% me semble assez élevé.»

Peter Indra, oiseau de mauvais augure de l'OFSP

Peter Indra, oiseau de mauvais augure de l'OFSP

Le 29 janvier 2009, le quotidien 24 Heures titre : « Les assureurs sèment la panique avec des prévisions apocalyptiques ». Dans le genre taper fort, on tape fort. La hausse envisagée : 20%. Mais il s’agit juste du scénario extrême de la task force de SantéSuisse. «Que le public soit averti de la diminution des réserves, c’est juste. Mais cette hausse de 20% des primes concerne le pire scénario étudié par nos experts » déclare SantéSuisse qui affirme alors plus réaliste « Une hausse de l’ordre de 8% ».

Le 25 mars, l’OFSP (office fédéral de la santé publique) se dit préoccupé par la hausse quasi inévitable des primes « probablement supérieure à 5% sur le plan national ». Habile rhétorique qui fait croire à une hausse entre 5 à 7% alors que une hausse de 65% serait aussi supérieure à 5%… Le but est clairement de ne pas (encore) jeter de l’huile sur le feu, mais de déjà préparer le terrain. Le 14 avril, l’OFSP annonce une hausse de 10%. L’alarmisme est en marche puisque pas moins de deux à trois jours après, Peter Indra, de l’OFSP, annonce qu’une hausse de 13 à 14% n’est pas irréaliste. Le Matin se propose alors de faire de la politique-fiction et d’imaginer que les primes en 2040 seraient de 1200 francs par mois et par adulte contre plus de 300 francs aujourd’hui. Si on continue à ce rythme…A peine deux semaines plus tard, bardaf, la hausse est désormais fixée à 15% de moyenne. Peter Indra a alors le culot d’affirmer : «Non, nous n’avons jamais exclu des augmentations atteignant jusqu’à 15%». Une nouvelle fois, jolie rhétorique qui consiste à faire croire par ce « nous n’avons jamais exclu » que l’on est toujours en contrôle de la situation. Je n’ai jamais exclu la possibilité de l’existence des OVNI. Retenez bien cela le jour où on aura enfin une preuve tangible.

Quelle impression finale donne cet historique ? Dans un premier temps, on freine, on tempère, on calme. Quand je dis on, comprendre l’OFSP. Puis, on lâche les chevaux, on dessine un scénario apocalyptique, on va même au-delà des prévisions de SantéSuisse. Bizarre autant qu’étrange. Pourquoi ? je fais une hypothèse: pour faire passer la pilule des taxes et autres mesures urgentes. Si elles sont acceptées, on pourra annoncer une hausse de 11% en automne et tout le monde poussera, paradoxalement, un soupir de soulagement. Quant aux assurances-maladie, elles auront bien soigné leurs réserves mises à mal et continueront ainsi à bien se porter, elles.

Van Breukelen

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Une Réponse to “La Santé est malade, mais elle se soigne, elle”

  1. Beulemans said

    Avec Couchepin on voit bien que la santé n’a pas de prix. Alors, puisque c’est gratuit, je lève mon verre à la bonne vôtre! Santé à tous! et vive le houblon!

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