La culotte à l’envers

Regards sur notre monde

Légendaire Federer

Posted by Van Breukelen sur 7 juin 2009

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Il l'a fait. Du mérite et au courage...

Le peuple suisse tout entier remercie chaleureusement Robin Söderling d’avoir poussé Rafael Nadal à la sortie du tournoi de Roland-Garros sans lui donner envie de répliquer l’exploit avec Federer. Une main invisible devait être derrière notre Fed national  si on en juge par les très stressantes heures passées devant Federer-Acususo, Federer-Haas, Federer-Del Potro. Cela ne s’est joué à trois fois rien, juste à l’art, au génie hallucinant de saisir l’occasion au bon moment, d’attendre la baisse de régime de l’autre pour lui asséner quelques coups décisifs. Et passer la rampe, malgré la pression, malgré la lourdeur du fardeau que devait représenter cette phrase toujours répétée « This year or never ».

Je n’ai pas vu le Federer éblouissant qu’on avait l’habitude de voir parfois – sauf peut-être contre Monfils. Et sauf lorsque le coup à jouer devenait important. Regardez aujourd’hui le deuxième set : rien de bien tranchant sinon le tie-break, implacable à faire peur. J’ai épongé quelques litres de sueur, et j’en connais qui devaient astiquer les feuilles de leur yucca pour éviter de voir la télé, face à del Potro. A nouveau ces retours de revers chopés à mi-terrain, préludes à une gifle monumentale, du même type de ceux que l’on voyait face à Nadal en 2008. Et en 2007. Et en 2006. Mais pas la même issue, car le grand Argentin a connu une baisse de régime fatale.

Le chemin fut long et dénué de tout repos durant une semaine folle car ouvrant tout un champ non seulement de possibles, mais de probables, voire d’immanquables. Chapeau donc à Federer d’avoir résisté jusqu’au bout, même au bord de l’abîme, d’avoir répondu à la formidable attente. Car c’était sans doute cela le plus extraordinaire de cette quinzaine parisienne. Ce n’était pas le jeu de Federer, même si ses coups de génie sont toujours aussi admirables, c’était le désir du monde entier, à l’exception peut-être de quelques Suédois et encore, de le voir gagner et atteindre son Graal dont tout le monde savait qu’il lui était dû. Personne ne doutait que le Federer phénoménal des années 2006-2007 aurait dû avoir dans son escarcelle un Roland-Garros et donc un Grand Chelem s’il n’était tombé sur un gamin espagnol arrivé trop tôt, trop vite, trop fort, à maturité. Il fallait rétablir cette injustice de l’Histoire; il fallait Roland-Garros 2009 pour confirmer ce que l’on savait déjà depuis longtemps : c’est le plus grand joueur de tennis de tous les temps. Mais on pouvait douter qu’il existât une justice:  la vie est faite de hauts et de bas et de coups narquois du destin. Alors que 2009 semblait confirmer que Roger ne faisait plus figure d’épouvantail, qu’il redevenait un redoutable joueur après avoir été un dieu, le destin, selon Agassi, la chance, selon d’autres, a joué en sa faveur, lui a permis soudain de rétablir une justice perdue, en étant porté par l’espoir évidemment de tout ce pays, mais au delà, de tous les amoureux de ce sport, mais au-delà encore, de tout ceux qui veulent croire qu’il existe encore une justice. Tous les joueurs battus par Federer cette semaine souhaitaient qu’il décrochât cette victoire. Même Söderling, celui qui traîne sa réputation de bad boy et qui a été pourtant d’une courtoisie exceptionnelle, avait le sourire, comme s’il était content d’avoir été battu, de ne pas avoir volé à Federer la coupe des Mousquetaires, hold-up qui lui aurait valu, il est vrai, une impopularité pire encore que celle qu’il a déjà subie. J’aime à penser que Nadal aussi, de sa piscine, a salué le champion. Justice est faite:  l’Histoire du sport retiendra définitivement le nom de Roger Federer.

Van Breukelen

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5 Réponses to “Légendaire Federer”

  1. Beulemans said

    ah il a gagné? Cohn Bendit aussi.

  2. patoudoux said

    Beulemans…

    Tu sais bien que tout Suisse qui se respecte s’en fout de l’Europe… Désolé, vous avez Cohn-Bendit et Bové, nous avons Federer! Tu as bu une bière devant la victoire d’un écolo, j’en ai bu une devant le triomphe d’un esthète de la balle feutrée…

    • Beulemans said

      Ça est vrai. Les Suisses se foutent de l’Europe. Mais les Européens aussi! et ça est terrible une fois de devoir faire ce constat…allei, santé Patoudoux!

  3. […] langues. Un enfant, un mariage, une activité souriante sur facebook. Le retour des victoires. L’inimaginable à Roland-Garros. Et maintenant un Wimbledon de toute beauté, peut-être le meilleur de ses six succès sur le […]

  4. Greg Graffin said

    Justice sera faite le jour où Federer battra Nadal en finale à Roland-Garros. « A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire », paraît-il… La tendance du supporter suisse (ou belge) gagne-petit, attendant la blessure de l’adversaire honni plutôt que la victoire de son poulain serait-elle de mise?

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