La culotte à l’envers

Regards sur notre monde

Le bonheur en Provence ou une escapade hors du temps

Posted by blongo sur 25 juin 2009

Les ocres de Roussillon

Les ocres de Roussillon

« La Provence est toujours magnifique. De vastes espaces sont encore sauvages et déserts. On trouve encore ici la paix et le silence qui, dans le monde moderne, sont en train de devenir des articles en voie de disparition. Les vieux font toujours leurs interminables parties de pétanque. Les marchés restent aussi pittoresques et bien approvisionnés que jamais. On a de l’espace pour respirer et l’air est pur. »

L’écrivain anglais Peter Mayle, dans « Le bonheur en Provence », parvient à merveille à exprimer ce que l’on ressent lors d’une escapade en Provence. Le bonheur de vivre, de laisser passer le temps au rythme d’une bouteille de rosé qui se vide. L’art de laisser le temps au temps. L’art de manger, de boire et de profiter. Le tout dans un cadre agréable, splendide, presque zen. A la culotte, on n’a pas vraiment l’habitude de se laisser aller à jouer les guides touristiques. Mais, revenant d’une trop courte semaine dans le Lubéron, votre blongo s’accorde le droit de se bercer encore un peu et de vous bercer aussi. Car la Provence, ce n’est pas qu’une région touristique parmi d’autres, c’est un art de vivre, de bien vivre.

Le bonheur...

Le bonheur...

« En Provence, on ignore le culte du temps. Mais si l’on n’attache pas une grande importance à la ponctualité, on sait savourer voluptueusement le moment: le temps d’un repas, d’une conversation au coin d’une rue, une partie de boules, le choix d’un bouquet de fleurs, le café en terrasse. On réhabilite les petits plaisirs et l’absence de précipitation, parfois exaspérante, souvent délicieuse et au bout du compte contagieuse. Une course qui n’aurait dû me prendre qu’un quart d’heure et dont je suis revenu deux heures et demie plus tard m’a enchanté. Je n’avais absolument rien fait d’important pendant ce temps, mais j’en avais apprécié chaque minute. » (« Le bonheur en Provence »)

La Provence, c’est mille coins où l’on peut s’arrêter et paresser. Une terrasse à Gordes, une promenade dans le Colorado provençal, une douce errance à travers les rues rouges de Roussillon, un moment à bouquiner aux Baux de Provence, un ressourcement dans les ruines d’Oppède le Vieux, un pastis à Ménerbes. Pas besoin de carte géographique ou de guides touristiques contraignants. Juste du temps et de l’envie.

« Il y a quelque chose dans un déjeûner en France qui ne manque jamais de faire succomber les piètres réserves de volonté que je possède. Je peux m’attabler, bien décidé à la modération, déterminé à manger et à boire légèrement:  et je peux être là trois heures plus tard, à siroter mon vin et toujours en proie à la tentation. Je ne pense pas que ce soit de la gloutonnerie. Je crois que c’est l’ambiance créée par la même présence dans une même pièce de gens qui se consacrent totalement à manger et à boire. Et, ce faisant, ils en parlent: ils ne discutent pas politique, sport ni affaires, mais de ce qui est dans l’assiette ou dans le verre. On compare les sauces. On débat des recettes, on évoque le souvenir des repas d’antan et l’on projette des festins à venir. Plus tard, on pourra s’occuper du monde et de ses problèmes: pour l’instant, priorité à la gourmandise, il plane dans l’air une satisfaction profonde. » (« Une année en Provence »)

Ah la lavande!

Ah la lavande!

C’est l’un des charmes de ce coin de paradis. On y mange bien, on prend le temps de savourer. On peut saucer son assiette jusqu’à la dernière miette de pain, on peut siroter son verre jusqu’à la dernière goutte. Personne ne viendra vous dire de partir voir ailleurs pour qu’ils puissent servir quelqu’un d’autre. On peut prendre un digestif et une crème brûlée à la lavande. Et encore un second digestif si l’on en a envie. En lorgnant sur la lavande à droite, l’olivier à gauche et la cigale au milieu.

« Le français était la langue officielle au cours de ce dîner, mais pas celui que nous avions étudié dans les manuels ou écouter sur cassettes. C’était un patois superbe et confus qui émanait du fond de la gorge et subissait un brouillage subtil dans les fosses nasales avant de faire surface sous forme de paroles. A travers les remous et les tourbillons du provençal, on arrivait à vaguement reconnaître des sons à demi familiers: demain devenait demang, vin devenait vang, maison devenait mesong. Cela en soit n’aurait pas été une difficulté si les mots avaient été prononcés à la vitesse normale de la conversation et sans enjolivure supplémentaire: mais ils étaient débités à un rythme de mitrailleuse, souvent agrémentés d’une voyelle accolée à la fin pour le plaisir. Ainsi, proposer du pain, page un du manuel de conversation française pour débutants, donnait une formule chantante lâchée d’une seule traite: Encoredupaingue? » (« Une année en Provence »)

Gordes

Gordes

C’est le seul moment où la vie semble s’accélérer un brin dans le Sud. Quand quelqu’un se met à parler d’un sujet qu’il lui tient à coeur: le choix de la quantité de pastis, le déroulement d’une partie de pétanque, la préparation et la dégustation du repas, un match de Olympique de Marseille, l’importation des olives pour faire l’huile, la cuisson du canard, le choix du melon bien mûr, cet andouille de Néerlandais à l’arrêt dans une montée, le Tour de France au Mont Ventoux, l’herbe de Provence fabriquée en Asie, la construction d’une autoroute à travers le Lubéron, l’assaisonnement du barbecue. Tout est matière aux envolées langagières les plus folles, sur le rythme d’une course de F1. Le moindre détail peut devenir aussi important que la sauvegarde du monde. Avec cette savoureuse association du n et du g à chaque coin de phrase. Le bonheur.

Le bonheur en Provence, il avait bien raison ce diable de Peter Mayle.

Et si quelqu’un fait un détour par Les Viaux, qu’il fasse signe, le bonheur reviendra…

blongo

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