La culotte à l’envers

Regards sur notre monde

Culture en miettes (3): spécial Pérou

Posted by blongo sur 6 novembre 2009

Quand lama fâché, faire de temps en temps ainsi

Ayant eu la chance de partir dernièrement quelques semaines au Pérou, votre Blongo a ramené dans sa besace plein de photos, plein de souvenirs et surtout plein de correctifs à divers préjugés touchant ce magnifique pays. Qui dit Pérou dit en effet toute une série d’idées reçues pas forcément proches de la réalité. Des idées notamment véhiculées par Hergé et Tintin, avec leur fameux voyage au Pérou et en Bolivie dans « Le Temple du Soleil ». Petit passage en revue de ces imprécisions concernant le Pérou:

Quand lama fâché, lui toujours faire ainsi: dans Tintin, le malheureux capitaine Haddock se fait asperger toutes les 5-6 pages par le crachat d’un lama fâché. Eh bien, après quelques tests sur le terrain, et insistance dans l’expérience, il s’avère que le lama (tout comme d’ailleurs ses cousins alpaca et vicuna) ne s’amuse pas à cracher sur tous les touristes qui passent. Certes, l’animal affiche le plus souvent un séduisant regard hautain et semble outré quand on le flatte, mais rien ne sort apparemment de sa grosse bouche ruminante. Déception! Et pourtant… En fait, même si ce n’est pas si fréquent que cela, le lama crache bel et bien quand il est agacé. S’il est légèrement contrarié, il peut envoyer un léger jet liquide. Mais s’il est franchement hors de lui, état qui semble plutôt rare il faut bien l’avouer, c’est un imposant crachat verdâtre qui pourrait vous arriver sur le visage. Il s’agit de régurgitations gastriques à l’odeur nauséabonde. Donc, rendons hommage à Hergé, qui n’a pas, en définitive, totalement imaginé ce comportement pour le moins étrange chez le lama.

Condor passa toujours assez loin

Le condor passa: toujours dans les considérations animalières, il est évident que le bouillonnant condor qui capture Milou dans les Andes est vraiment un casse-cou improbable. Difficile à imaginer aussi de voir un homme utiliser le volatile comme parachute.  Seul le reporter à la houppette en est capable. En réalité, si l’on a la chance d’apercevoir un condor, il faut lever les yeux loin dans le ciel. Quant au fourmilier qui vient lécher les fourmis sur le visage du bon vieux capitaine, la scène est plus loufoque que réaliste. Enfin, il faut préciser que les alligators que rencontrent nos héros dans la jungle sont en fait des caïmans, seule espèce de ce type à vivre en Amérique du Sud.

Les incas ont tout inventé en Amérique du Sud: c’est à la fois vrai et pas vrai. L’origine des incas n’est pas connue avec certitude, mais on sait que leurs premières traces remontent au 13e siècle environ. Les incas ont une réputation de bâtisseurs efficaces et courageux, de génies de l’architecture et des arts en général. C’est absolument vrai, et le Machu Picchu, notamment, le prouve. Toutefois, ce que l’on sait moins, c’est que les incas n’ont de loin pas tout inventé au Pérou et en Bolivie. En fait, ces malins incas ont en grande partie chipé leur savoir chez les autres: en intégrant progressivement toutes les cultures pré-incas et en les étouffant peu à peu, jusqu’à ce qu’elles disparaissent. Et ils ont conservé le meilleur de chacune d’entre elles pour former la culture inca. Telle idée architecturale de la civilisation nazca, on la garde, telle procédé de façonnage des poteries paracas, on le conserve. Fort malicieux. Tout cela pour préciser le fait que seuls les incas bénéficient d’un certaine notoriété en Amérique du Sud, mais qu’il existe toutefois des centaines de cultures préincas méconnues.

Prévoir une éclipse: aujourd’hui, on arrive aisément à savoir à l’avance quand les éclipses interviendront. Et à l’époque d’Hergé aussi. Mais les incas connaissaient aussi le phénomène. Donc, la surprise totale des incas et leur terreur quand Tintin invoque le Soleil pour qu’il se dissimule n’est que peu crédible, même si l’idée fait son effet. Hergé, de son côté, répondait placidement à cette critique qu’il reconnaissait qu’il s’agissait « d’un point noir dans cette affaire ».

Le fameux colibri de Nazca

Les lignes de Nazca: ce n’est pas au Chili ou en Argentine que se trouvent ces étranges lignes tracées sur le désert rocheux de Nazca, mais bien au Pérou, à quelques centaines de kilomètres au sud de Lima. Découvertes dans les années 30, ces figures creusées à 30 cm ou 1 m de profondeur et allant jusqu’à 60 mètres de long entretiennent toujours leur mystère. Personne ne peut affirmer avec certitude ce que représentent le colibri, l’araignée, le singe et les 15 autres animaux et nombreuses formes géométriques qui s’y trouvent. Si la théorie des extra-terrestres vit toujours et est entretenue par certains farfelus imaginatifs, l’explication semble toutefois ailleurs. Tant pis pour le mythe. Certains parlent de calendrier astronomique, pour se repérer dans le mouvement des astres. D’autres y voient seulement des copies terrestres des constellations. D’autres encore des voies hydrauliques. D’autres des figures de prière à un dieu, peut-être pour avoir de l’eau, dans une région où il ne pleut quasiment jamais. Et si c’était tout de même des extra-terrestres?

La géographie d’Hergé: l’auteur belge n’était pas un pro de la géo, comme en témoigne la première planche du « Temple du Soleil ». En effet, la grande ville du Pérou qui est inscrite se nomme Callao. Dans les faits, Callao n’est qu’une infime partie de la capitale Lima, son port marchand où arrive le paquebot Pachacamac. De plus, sur l’une des planches, on aperçoit des hautes montagnes et de la neige derrière Haddock et Tintin. Or, Lima et Callao sont au bord de l’Océan Pacifique, en plein désert qui plus est. Point de sommets neigeux autour, donc. Enfin, sur la carte présentée par Hergé, on apprend que tout le nord du Pérou n’appartient pas au Pérou, mais à l’Equateur! L’erreur provient du fait que le dessinateur a pris comme modèle (pourquoi?) une carte de propagande équatorienne, sur laquelle le nord du Pérou, donc le bassin amazonien, fait partie de l’Equateur, nourrissant ainsi un vieux conflit territorial. Cela explique aussi le fait que ce tome de Tintin ait été longtemps interdit au Pérou!

Le pisco sour: finissons par une vérité que tout le monde se doit de connaître. A un moment donné, ce soiffard de capitaine se fait offrir un pisco en apéritif. Le pisco sour est en effet la boisson nationale du Pérou. Il s’agit d’une eau de vie, généralement de raisins, à laquelle on ajoute du jus de citron vert et du blanc d’oeuf en neige. Cela paraît bizarre, mais c’est divin! Et c’est pas Haddock qui nous contredira, lui qui a assurément emporté une bouteille de ce breuvage pour que Nestor lui serve de bons petits cocktails à Moulinsart… Quant à Tintin, gageons qu’il préfère l’Inka Cola. Cet étrange breuvage jaune fluo remplace le Coca Cola au Pérou. Les Péruviens sont même fiers d’appartenir à l’un des seuls pays au monde où le Coca n’est pas la première boisson consommée, dépassé par ce fameux Inka Cola.

blongo

Par ailleurs, si vous voulez en savoir plus sur toutes les incohérences qui jalonnent les Tintin, suivez ce lien très intéressant):

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Une Réponse to “Culture en miettes (3): spécial Pérou”

  1. Laetitia said

    Merci beaucoup, je dois faire un travail sur les stéréotypes qu’il existe sur le Pérou, notamment en m’appuyant sur des vidéos, livres, bd, etc, ton article va donc bien m’aider en ce qui concerne le tome de Tintin qui se passe au Pérou, merci !

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