La culotte à l’envers

Regards sur notre monde

Qui naît mafieux le reste… Critique de « Malavita encore » de Tonino Benacquista

Posted by blongo sur 27 mai 2008

Vous n’avez jamais lu Tonino Benacquista? Vous méritez l’une des punitions exemplaires, mafia made, qui jalonnent son dernier roman, « Malavita encore ». Alors si voulez éviter de retrouver un œil de bœuf dans votre verre de Bourgogne ou votre précieuse tête dans un tiroir que l’on referme violemment, vous savez ce qu’il vous reste à faire…

Car Tonino Benacquista, c’est un must, qu’on se le dise, tant par son écriture pleine de finesse que par son humour décalé et ses intrigues déconcertantes. Vous avez l’embarras du choix pour commencer. « Saga » et ses scénaristes loufoques, « Quelqu’un d’autre » et sa quête d’identité sous alcool, « La maldonne des sleepings » et son voyage en train si particulier. Ou encore « Malavita » et sa suite « Malavita encore », récits d’une vie dans la Cosa Nostra loin de la Cosa Nostra.

Quatre ans après le premier opus, l’écrivain franco-italien reprend les aventures de sa famille de mafieux exilée depuis que le père a balancé aux fédéraux tout ce que New York compte de malabars. Et si ce second tome n’atteint pas la perfection du premier, il est néanmoins fort plaisant de retrouver ce petit monde de truands perdu en Provence.

On retrouve avec un infini plaisir Giovanni Manzoni, ancien truand redouté devenu écrivain caché et angoissé devant la page blanche. Et son épouse Maggie, qui souhaite désormais percer dans le monde bien fermé de la vente d’aubergines à la parmesane. Ou la fille Belle, au nom si bien porté, qui s’entiche d’un pauvre type sans ambition. Et Warren, le petit dernier, qui hésite entre la succession violente de son père et une vie pépère dans l’artisanat. Enfin, Tom Quint, le boss du FBI, perdu au milieu d’une famille qui le déteste dans un pays qu’il déteste.

L’histoire de gens apparemment banals dans une vie banale. A part que lorsqu’on a grandi dans le milieu mafieux, le naturel revient immédiatement au galop quand on tente de le chasser. Dans une simple conversation, en faisant ses courses au supermarché ou en commandant une pizza, on se retrouve sans cesse devant des désagréments aussi mineurs qu’agaçants.

Devant ces tracas, on hausse les épaules avec mépris, on grogne un moment puis on passe à autre chose, on pleure ou on rit. On réagit normalement, quoi. Sauf que ce « on », pronom si aisé pour désigner n’importe quel quidam, n’a pas lieu d’être dans la famille Manzoni. Ce « on » devient « je » et cette personnalisation rime avec punition. Même si on n’est plus censé se faire justice parce qu’on est rangé, chez les Manzoni, on ne peut s’empêcher, de temps à autre, de cogner, de taillader, de censurer, de fesser ou de sanctionner.

C’est cette difficulté à changer de nature profonde qui explose dans « Malavita encore »: le père de famille songe à aller rectifier le portrait du coquin malotru qui séduit sa fille; maman aimerait voir son concurrent suspendu par les parties sensibles sous un pont de Paris; la gentille fifille prend un malin plaisir à séduire les vieux camarades de jeu de son père; et le fiston sort de ses gonds sans crier gare devant un voleur de pacotille.

Qui résistera, qui sombrera? Impossible à prédire dans une famille si détonante! Mais au moins un va craquer, comme en témoigne ce passage du roman: Il « se livrait pour la première fois à un délicat exercice: reconnaître un accent de vérité dans la voix d’un homme qui a la tête coincée dans un tiroir. La vraie difficulté consiste à déterminer le moment précis où l’individu cesse de s’accrocher à son baratin pour cracher tout ce que son tourmenteur veut entendre. Entre ces deux instants-là, la vérité finit toujours par apparaître. »

Vous avez trouvé? Pour la solution, rendez-vous à la page 240 de « Malavita encore ». Et croyez-moi les 239 précédentes sont du même acabit, alors que les 105 suivantes sont dignes d’un crocodile qui claque des mâchoires devant sa proie…

blongo

  • Credits: okki sur Creative Commons.
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5 Réponses to “Qui naît mafieux le reste… Critique de « Malavita encore » de Tonino Benacquista”

  1. Beulemans brasseur said

    Beulemans vous prie d’accepter ses excuses toutes plates comme un schellevis, mais il ne sait pas de qui on parle. Quand il va chez le dentiste (et il aime pas ce garçon) il lui arrive de parcourir des revues piples comme vous dites aujourd’hui. Eh bien, Beulemens, il connaît personne, C’est tous des noms qui von, qui viennent, qui revont et qui reviennent mais qui foutent pas l’orgasme pour autant. Beulemans s’interroge sur ce que devienne ces gens quand on a fini d’en causer. Tiens, à propos, qui sait ce qu’est devenue Linda de Souza? Il paraît (mais on dit tant de conneries) qu’elle ferait des campagnes de pub pour la morue chez Carrefour.

  2. Beulemans brasseur said

    ouille ouille, ou bien Beulemans tape trop vite ou bien c’est à cause de son passage de MAc à PC, mais il voit qu’il en a fait des fautes. Encore l’occasion de présenter des excuses en plus.

  3. Coquelicot said

    Cher Brasseur et nez en moins ami belge,

    Tu sais que, par moments, tu es d’une mauvaise foi confondante. Ton PC a bon dos ! La véritable cause de ces fotes d’auretographe, je la connais bien, moi ! C’EST LA BIERE !!
    Faute de Rochefort, on boit de la Chimay, n’est-ce pas ? Tu étais encore saoul comme une grive !!

    Tiens, un petit hommage aux Wallons sur notre blog :

    OGM: Quand les wallons montrent l’exemple !!
    mai 31, 2008 at 5:58 | In Citoyenneté, Environnement OGM, Politique, Société, Solidarité Pétition | No Comments | Edit this post
    Tags: quand les wallons montrent l’exemple !!

    OGM : Quand les wallons montrent l’exemple !!

    Alleye, à la tienne Beulemans !!

    Guy Dutron

  4. Coquelicot said

    Et, à propos de mafia et, problème connexe, de la violence, une petite pique aux Ricains :

    American Vertigo !!
    juin 1, 2008 at 11:31 | In Société | No Comments | Edit this post
    Tags: American Vertigo !!

    American Vertigo !!

    C’est tout frais, ça vient de sortir !!

    Guy Dutron

  5. […] romans policiers, mais des romans noirs qui ne ressemblent à aucun autre. On aime le style léger de Benacquista et les univers atypiques qu’il nous fait […]

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